Arles 2026:La photographie à l’épreuve de la complexité méditerranéenne

En cette année du bicentenaire de l’invention de la photographie par Nicéphore Nièpce à Chalon-sur-Saône, la cité provençale d’Arles accueille, du 6 juillet au 4 octobre 2026, la 57e édition des Rencontres photographiques. Son directeur, Christoph Wiesner, a voulu faire de ce rendez-vous un espace de résistance aux simplismes ambiants : «Nous avons souhaité créer un lieu pour accueillir la complexité et la sensibilité», a-t-il déclaré, refusant d’adoucir artificiellement la violence du réel pour mieux lui restituer sa
profondeur. Placée sous le thème «Des mondes à relire», cette édition s’inscrit également dans le cadre de la Saison Méditerranée, qui célèbre la vitalité et la diversité des cultures des deux rives.
Plusieurs artistes ayant l’Algérie au cœur de leur travail y participent, offrant un contrepoint intime aux grands récits historiques.
Louisa Babari, artiste française aux origines russe et algérienne, présente Africa, une installation immersive mêlant photographies, arts plastiques et sons.
À partir d’archives familiales retraçant le parcours de son père en ex-URSS entre 1962 et 1972, elle esquisse une Algérie «hors sol» et dialogue avec les iconographies coloniales et postcoloniales.
Martine Barrat, née à Oran en 1933 et désormais new-yorkaise d’adoption, pose avec Soul of the City un regard sensible sur la jeunesse marginalisée du Lower East Side et de Harlem.
Bruno Boudjelal, qui partage sa vie entre la France et l’Algérie, expose Goudron : Tanger, Le Cap. Pour lui, ces routes ne sont pas seulement empruntées par la misère : «Mon histoire personnelle se prolongeait de l’autre côté de la Méditerranée, comme une nécessité intérieur », confie-t-il.
Katia Kameli poursuit avec Le Roman algérien (un nouveau chapitre) une enquête iconographique entamée en 2016. Elle y relie voix, imaginaires et moments historiques pour redonner de l’épaisseur à la mémoire collective algérienne.
En 2017, elle a invité la philosophe Marie-José Mondzain à porter son regard de théoricienne sur des images clés de l’histoire algérienne.
Plus tard, elle a rencontré Louiza Ammi, rare photoreporter de la Décennie noire, et est partie sur les traces d’Assia Djebar à Cherchell.
Dans le cadre majestueux de l’abbaye de Montmajour, Anna-Lise Boyer dévoile Méditerranée, est-ce là que l’on habitait ?.
De Carthage à Beyrouth, de Tipaza à Baalbek, en passant par Pompéi, Marseille et Césarée, son regard erratique ausculte les failles d’un territoire méditerranéen où se mêlent temps immémoriaux et avenir possible. Enfin, à l’occasion du centenaire de sa naissance, un hommage est rendu au photographe et cinéaste américain William Klein, qui avait si bien capté l’esprit du Festival panafricain d’Alger en 1968.
L’exposition This Way to Heaven propose un parcours rétrospectif associant photographies, peintures, films et dessins, dont de nombreux inédits. Klein y apparaît comme un membre de la famille qui, sans se résigner, rappelle sans cesse à son pays ses promesses non tenues. «La photographie a cette capacité rare de tracer des routes inédites qui décentrent notre regard», résume Wiesner. C’est bien cette promesse que les Rencontres d’Arles 2026 entendent tenir.
Amina S.