Sahel : l’Algérie assume sa profondeur stratégique

Une frontière de près de mille kilomètres ne se gère pas avec des communiqués. Depuis des années, l’Algérie fait face à un Sahel qui s’effondre en silence, entre groupes armés, trafics d’armes et de drogue et États fragilisés qui peinent à tenir leur territoire. Elle a longtemps répondu par la patience, la médiation et la retenue. Elle constate aujourd’hui que la retenue ne protège plus personne quand l’incendie gagne la maison voisine. Ce qui se joue à Niamey tient d’abord à la géographie. Le Niger est le voisin par lequel passent les routes du Sud, les projets énergétiques et une part de l’avenir économique algérien.
Les investissements de Sonatrach, via Sipex, y sont une réalité industrielle qu’un pays souverain a le devoir de défendre, comme n’importe quelle puissance protège ce qu’elle a bâti à l’étranger.

Le gazoduc transsaharien et la profondeur africaine que l’Algérie cultive depuis l’indépendance ne survivront pas à un Niger livré au chaos. Cette décision se distingue surtout par sa méthode. Elle répond à une demande de Niamey, elle fait l’objet d’un vote du Conseil de la Nation, adopté à l’unanimité, puis de l’APN, conformément à l’article 91 de la Constitution, qui impose l’aval des deux chambres à la majorité des deux tiers. Aucune armée étrangère ne s’est invitée là sans mandat, aucune capitale n’a été contournée. L’Algérie intervient quand on l’appelle, dans le cadre de la loi, et ce détail dit plus sur sa doctrine que tous les discours.

Le protocole de coopération militaire signé avec le ministre nigérien de la Défense va dans le même sens. Il ne parle ni de tutelle ni de zone d’influence. Il parle de frontière commune à sécuriser, d’expérience antiterroriste à partager, de capacités à renforcer à la demande de l’État partenaire. C’est une alliance entre voisins qui savent qu’ils se sauveront ensemble ou pas du tout. L’Algérie n’a pas changé de boussole. Elle a simplement compris que la non-ingérence n’exige pas l’absence, et que la souveraineté se défend aussi au-delà de la ligne de frontière, lorsque la sécurité du pays en dépend.

M. Khemissi