Rafik Temghari, président du Cercle émir Abdelkader à Algérie Confluences: «Vous n’êtes pas héritiers d’un passé figé, mais acteurs d’un avenir à construire»

À l’occasion de la visite historique du pape Léon XIV en Algérie, du 13 au 15 avril 2026, Algérie Confluences a souhaité donner la parole à ceux qui, au quotidien, tissent des liens entre les deux rives de la Méditerranée. Rafik Temghari, président du Cercle émir-Abdelkader, incarne cette dynamique. Son action, discrète mais profonde, s’inscrit dans l’héritage humaniste du fondateur de l’État algérien moderne: un homme qui sut allier résistance et réconciliation, foi et ouverture. À l’heure où le souverain pontife choisit le thème «As-salamu alaykum» pour sa visite, en écho direct à la tradition musulmane, cet entretien éclaire la manière dont le Cercle transforme cet héritage en ponts concrets entre les générations et les mémoires.

Propos recueillis par Razyka Tiar

Algérie Confluences : Le pape Léon XIV a choisi le thème «As-salamu alaykum» pour sa visite, un écho direct à la tradition musulmane. L’émir Abdelkader, qui protégea des chrétiens à Damas, incarne ce dialogue. En quoi cet héritage éclaire-t-il aujourd’hui l’action de votre Cercle ?

Rafik Temghari : Le choix du thème «As-salamu alaykum» par le pape Léon XIV est profondément symbolique : il rappelle que la paix est au cœur des traditions spirituelles, au-delà des différences.
À cet égard, l’émir Abdelkader demeure une figure universelle. Lorsqu’il protégea des chrétiens à Damas en 1860, il ne faisait pas seulement preuve de courage, mais incarnait une éthique : celle de l’humanité avant toute appartenance.
Cet héritage éclaire directement l’action de notre Cercle. Il nous invite à faire du dialogue non pas un slogan, mais une pratique quotidienne : créer des espaces de rencontre, favoriser la compréhension mutuelle et porter une parole de paix dans un monde souvent traversé par les crispations identitaires.

Votre Cercle fédère des élus français et algériens dans un cadre apolitique. Dans un contexte médiatique souvent tendu entre Paris et Alger, comment transformez-vous l’héritage humaniste de l’émir en actions concrètes de coopération, notamment pour les jeunes générations ?

Sur la coopération concrète et la jeunesse Notre Cercle a fait le choix d’un cadre apolitique pour rassembler au-delà des clivages.
Dans un contexte parfois tendu entre Paris et Alger, nous nous appuyons sur l’héritage de l’émir pour
privilégier ce qui unit plutôt que ce qui divise.
Concrètement, cela se traduit par : des échanges entre jeunes Français et Algériens autour de projets culturels et éducatifs, des initiatives communes autour de la mémoire partagée, et la promotion
de parcours d’excellence et de réussite.
Nous voulons donner aux jeunes générations des raisons d’espérer et surtout des outils pour agir. L’humanisme de l’émir devient alors un levier pour construire des ponts durables

L’émir Abdelkader fut à la fois résistant à la colonisation et artisan d’une forme de réconciliation avec l’ancien adversaire. Comment cet équilibre inspire-t-il votre travail sur les enjeux mémoriels sensibles (par exemple le 17 octobre 1961) sans figer le regard sur le passé ?

Sur les enjeux mémoriels et l’équilibre entre passé et avenir l’émir Abdelkader nous enseigne une chose essentielle : on peut être fidèle à son histoire sans être prisonnier du passé.
Il a su résister avec dignité, puis tendre la main avec intelligence. Cet équilibre guide notre approche des questions mémorielles sensibles, comme celles liées au 8 mai 1945 et le 17 octobre 1961, il ne s’agit ni d’oublier ni de figer les blessures, mais de les reconnaître avec lucidité pour mieux avancer.
Notre rôle est d’ouvrir des espaces de dialogue apaisé, où la mémoire devient un outil de compréhension et non de division

Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes Algériens et Franco-Algériens qui doutent de l’avenir de cette relation, pour qu’ils deviennent à leur tour des bâtisseurs de ponts ?

À la jeunesse, je veux dire ceci : vous n’êtes pas héritiers d’un passé figé, mais les acteurs d’un avenir à construire. L’histoire entre la France et l’Algérie est complexe, mais elle est aussi riche de liens humains, culturels et spirituels exceptionnels. Inspirez-vous de figures comme l’émir Abdelkader : soyez à la fois enracinés et ouverts, lucides et audacieux. Le monde a besoin de bâtisseurs de ponts, pas de murs. Et ces bâtisseurs, aujourd’hui, c’est vous.
R. T.

Le Cercle émir-Abdelkader en bref

Le Cercle Émir-Abdelkader est une initiative indépendante dédiée au renforcement du dialogue et de la coopération entre la France et l’Algérie.
Inspiré par l’héritage universel de l’Émir Abdelkader, symbole de paix, de tolérance et de dignité humaine, il œuvre à transformer une histoire commune complexe en un levier d’avenir partagé.
Présidé par Rafik Temghari, le Cercle rassemble des élus, universitaires, entrepreneurs, artistes et citoyens engagés autour d’une même ambition : bâtir des ponts durables entre les deux rives de la Méditerranée. Son action repose sur la rencontre, l’échange et la mise en valeur d’un patrimoine commun riche, à travers des initiatives politiques, économiques, culturelles et éducatives.
Dans un esprit apolitique et humaniste, le Cercle promeut une relation franco-algérienne fondée sur le respect mutuel, la compréhension et la coopération, en s’inspirant de la vision intemporelle de l’Émir Abdelkader : celle d’un dialogue entre les peuples au service de la paix et de la fraternité universelle.
R. T.