Déploiement de l’armée algérienne au Niger : le parlement donne son feu vert

L’Algérie s’apprête à déployer un détachement de l’armée nationale populaire au Niger, marquant un tournant historique dans sa stratégie de défense. Le feu vert pour ce déploiement a été donné, hier, par les deux chambres du Parlement, réunies séparément. Dans la matinée, c’était le Conseil de la Nation qui a voté à l’unanimité de ses membres en séance plénière extraordinaire tenue à huis clos. Le texte a été présenté par le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf. En fin de journée, les députés de l’APN devaient voter à l’unanimité en faveur de l’envoi d’unités de l’Armée nationale populaire (ANP) sur le territoire nigérien. Ce feu vert parlementaire brise un tabou vieux de plus d’un demi-siècle.

La mission constitutionnelle de l’ANP se limitait rigoureusement à la sauvegarde de l’indépendance, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du pays. Cependant, la révision constitutionnelle de 2020 a jeté les bases juridiques de cette évolution, en stipulant que l’Algérie peut participer à des opérations de maintien de la paix sous l’égide des Nations Unies, de l’Union Africaine et de la Ligue arabe.
L’activation de l’article 91 formalise aujourd’hui ce cadre pour répondre à l’urgence sécuritaire régionale.
Le texte fondamental précise qu’une telle décision doit recevoir l’approbation de chacune des deux chambres du Parlement à la majorité des deux tiers.

L’une des missions de l’ANP au Niger serait de sécuriser les investissements de Sonatrach dans le Nord du pays. Cette décision historique intervient seulement quatre jours après la signature d’un protocole d’accord militaire majeur à Alger, lors de la visite du ministre nigérien de la Défense nationale, Salifou Mody. Reçu par le général d’armée Saïd Chanegriha, chef d’état-major de l’ANP, ce dernier a réitéré la totale disponibilité de l’Algérie à consolider leurs capacités opérationnelles communes.
Ce protocole d’accord en prévoit une coopération et un échange d’expériences dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, ainsi que la réponse à tout projet demandé par les autorités nigériennes visant à renforcer les capacités opérationnelles de l’armée du Niger.

Ce rapprochement s’inscrit dans la continuité de l’aide fournie l’été dernier par Alger, qui avait dépêché des avions de combat à Niamey pour soutenir le gouvernement nigérien face à une tentative
de coup d’État. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait expliqué que le putsch raté était perçu comme une «provocation», car survenant juste après une visite en Algérie du chef du gouvernement nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine. «Aujourd’hui, nous avons des intérêts, nous avons conclu des accords dans le pétrole, les mines et d’autres domaines ( …) Nous sommes en mesure de défendre, d’abord nos amis, et puis les intérêts que nous avons en commun», avait précisé le chef
de l’état.

Parmi les projets les plus notables engagés, la réalisation du gazoduc TSGP devant acheminer le gaz du Nigeria jusqu’en Europe via le Niger et l’Algérie et l’exploitation conjointe entre Sonatrach et la société pétrolière nigérienne Sonidep du champ pétrolier de Kafra, dans le Nord du Niger. L’Algérie a donc décidé d’abandonner la posture de spectateur par rapport à ce qui se passe à ses frontières. Elle a décidé de défendre ses intérêts stratégiques. En franchissant ses frontières, l’Algérie s’impose désormais comme le pivot sécuritaire incontournable du Sahel.

Fateh H.