Devant un public nombreux venu célébrer l’un des plus grands noms de la chanson arabe engagée, le légendaire Marcel Khalifa a offert, samedi soir à l’Opéra d’Alger Boualem-Bessaïh, un concert magistral de plus de deux heures.
Porté par les vers éternels de Mahmoud Darwich et les mélodies qui ont bercé des générations de mélomanes, l’artiste libanais a signé un retour émouvant sur une scène qu’il considère comme l’une des premières à l’avoir adopté, dès les années soixante-dix.
Oud à la main, entouré de son fils Rami au piano et de son neveu Sary au violoncelle, Marcel Khalifa a ouvert la soirée avec une création inédite dédiée à l’Algérie, sobrement intitulée «Bahr» (Mer).
Un geste symbolique fort, aussitôt suivi d’un voyage poignant dans l’œuvre du poète palestinien Mahmoud Darwich, avec des classiques tels que «Ya tayr al-hamam», «Rita wal-boundoukia», «Ahino li-khoubz oummi» ou encore «Mounadhiloune», repris en chœur par une salle conquise, submergée par l’émotion.
La voix chaude et l’interprétation parfaite du maître ont fait vibrer les murs de l’Opéra, mêlant l’amour, la liberté et la révolution à la cause palestinienne, fil rouge de son parcours artistique unique depuis plus de quarante ans.
Des extraits instrumentaux comme «Beyrouth El Djazair» et «Sarkha» ont été dédiés «aux familles des martyrs, tombés sur une terre pure», provoquant une vague d’applaudissements nourris dans l’assistance.
La soirée a été rehaussée par la présence de la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, du président de l’ANIRAV, Amar Bendjedda, de l’ambassadeur du Liban en Algérie, Ali Al Moula, ainsi que de nombreuses figures du monde artistique algérien.
Pour la ministre, la tenue de ce concert s’inscrit dans le programme culturel du mois sacré, visant à «raviver le goût artistique raffiné» en invitant des artistes arabes de renom. Elle a également salué le projet de création de l’Orchestre Philharmonique d’Alger, porté par la vision du président Abdelmadjid Tebboune, comme un levier majeur pour le rayonnement de la musique classique en Algérie.
Très ému par l’accueil du public algérien, Marcel Khalifa a confié sa joie de retrouver une scène qui lui est chère après une absence de près de quinze ans. «L’Algérie occupe une place très particulière dans mon cœur», a-t-il déclaré, saluant « l’adhésion et l’interaction » d’un public qui connaît par cœur son répertoire.
Pour lui, «la chanson engagée est vivante. Elle est un message humanitaire qui résiste au temps et porte en elle la profondeur des causes et des rêves de l’humanité».
Après ce premier concert algérois, Marcel Khalifa se produira une seconde fois à l’Opéra d’Alger avant de se rendre à Oran et Constantine pour deux autres rendez-vous exceptionnels, confirmant ainsi l’indéfectible lien d’amour entre l’artiste engagé et le public algérien.
Amina S.
Après quinze ans d’absence: Marcel Khalifa, la voix immortelle de l’engagement, enchante l’Opéra d’Alger
