12e édition du festival de Toulouse:Le cinéma pour que nul n’oublie la Palestine

Dans les salles obscures de Toulouse, Figeac et Albi, une lumière particulière éclaire cette année la 12e édition du festival Ciné-Palestine, qui se hisse comme un front culturel où la création artistique devient un acte de résistance contre l’effacement systématique de l’identité palestinienne.
Alors que les bombardements continuent de déchirer Ghaza et que la Cisjordanie subit une colonisation toujours plus agressive, le festival propose une programmation qui fait le pari inverse de celui des médias
dominants : offrir du temps, de la profondeur et de l’humanité à un peuple trop souvent réduit à des chiffres ou à des images chocs de quelques secondes.
Au cœur de cette édition, le documentaire UNRWA, 75 ans d’une histoire provisoire retrace le destin poignant de l’agence onusienne créée en 1949 pour venir en aide aux réfugiés palestiniens, une histoire qui incarne à elle seule l’absurdité d’une situation où le provisoire dure depuis trois quarts de siècle.
La programmation fait la part belle aux récits intimes capables de restituer la chair et l’âme d’une expérience collective marquée par l’exil, comme en témoigne Ce qu’il reste de nous de Cherien Dabis, œuvre remarquée au festival de Sundance qui explore les fractures et les liens au sein des familles palestiniennes dispersées à travers le monde.
Le documentaire Pour l’honneur de Ghaza vient quant à lui rappeler que sous les décombres et malgré le blocus, la dignité d’un peuple refuse de s’éteindre, offrant un contre-récit puissant face aux tentatives de déshumanisation systématique.
Cette édition rend un hommage appuyé à Mohammad Bakri, figure majeure du cinéma engagé disparue en décembre 2025, dont le film Jenin, Jenin avait osé, dès 2002, montrer au monde l’horreur du massacre perpétré dans le camp de réfugiés, au prix d’une censure et d’une persécution judiciaire qui n’ont jamais réussi à faire taire la vérité de ses images.
Le festival met également à l’honneur l’Irak, pays frère dont les cinéastes ont porté dès les années 1980 la cause palestinienne sur grand écran, à l’image de Kacem Hawel qui adapta magistralement Retour à Haïfa, le roman culte de Ghassan Kanafani.
Cet écrivain et militant, assassiné en 1972 par les services israéliens, incarne à lui seul la puissance d’une parole que les balles n’ont jamais réussi à étouffer, et dont les mots continuent de hanter les consciences et d’inspirer les nouvelles générations d’artistes.
À travers ces projections, le festival tisse des ponts symboliques entre l’Occitanie et les villes palestiniennes meurtries, de Ghaza assiégée à Jaffa dépossédée, de Bethléem entravée par le mur à Haïfa où les clés de 1948 dorment encore dans les tiroirs.
Les organisateurs rappellent avec justesse que dans le cas palestinien, la réalité dépasse souvent la fiction la plus sombre, mais que le rêve, lui, continue d’irriguer les imaginaires et de nourrir l’espoir d’un retour.
Chaque projection devient ainsi une fenêtre ouverte sur une culture vibrante qui refuse de mourir, sur une langue qui chante même sous les bombes, sur une mémoire que l’on tente d’enterrer mais qui renaît à chaque génération.
Le festival Ciné-Palestine s’impose dès lors comme un espace de résistance par l’image, un lieu où les Palestiniens cessent d’être des statistiques pour redevenir ce qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être : des hommes et des femmes, des artistes et des rêveurs, des résistants par la beauté face à la barbarie.
Amina S.