Le rebond des investissements directs étrangers (IDE) en 2025, affichant une hausse de 14% pour atteindre 1 600 milliards de dollars, dissimule une réalité contrastée et des transformations structurelles profondes. Ce retour à la croissance, après deux années de repli selon la CNUCED, se caractérise avant tout par un découplage géographique marqué. Les économies développées ont capté l’essentiel de la dynamique, avec un bond de 43% de leurs entrées d’IDE, porté notamment par l’Europe et certains grands centres financiers.
À l’inverse, les économies en développement ont vu leurs flux reculer légèrement, de 2%, même si elles représentent encore 55% du total mondial.
Plus fondamentalement, cette reprise tient davantage de la circulation financière que de l’investissement productif. La CNUCED souligne en effet qu’une large part de la hausse est attribuable à des mouvements transitant par des places financières mondiales, reflétant des opérations de nature souvent spéculative ou de restructuration, plutôt qu’à une expansion tangible des capacités industrielles.
Ce phénomène est corroboré par l’affaiblissement persistant des indicateurs d’investissement réel : la valeur des fusions-acquisitions internationales a reculé de 10%, et le financement de projets a chuté pour la quatrième année consécutive, retrouvant son niveau de 2019.
Parallèlement, l’investissement mondial se polarise de façon croissante sur un nombre restreint de secteurs à très forte intensité capitalistique et stratégique.
Les centres de données constituent le principal pôle d’attraction, représentant plus d’un cinquième de la valeur des nouveaux projets annoncés, avec plus de 270 milliards de dollars engagés, sous l’impulsion de la demande exponentielle en infrastructures pour l’intelligence artificielle.
Les investissements dans les semi-conducteurs ont également progressé de 35% en valeur.
À l’opposé, des secteurs traditionnellement intégrés aux chaînes de valeur mondiales, comme le textile, l’électronique ou la machinerie, ont enregistré un net recul du nombre de projets.
Cette concentration sectorielle s’accompagne d’un retrait inquiétant de certains domaines essentiels à la transition mondiale.
L’investissement international dans les infrastructures a ainsi reculé de 10%, principalement en raison d’une baisse marquée dans le secteur des énergies renouvelables.
Pour 2026, la CNUCED anticipe une progression modeste des IDE, sous réserve d’un assouplissement des conditions financières et d’une reprise des opérations transnationales. C’est dans ce contexte de paysage mondial recomposé que l’organisation annonce la tenue d’un Forum mondial de l’investissement en octobre 2026 à Doha. Cet événement, placé sous le thème «Investir dans l’avenir», aura pour mandat de réfléchir aux moyens de réorienter les capitaux vers les pays et les secteurs confrontés aux plus importants déficits de financement, afin de restaurer le rôle de l’investissement comme levier d’un développement plus équitable et résilient .
Farid B.
Les investissements mondiaux en 2025,entre concentration financière et fractures géographiques: Un rebond en trompe-l’œil
