A l’approche de la cérémonie du Prix Nobel de la paix 2025, une vérité s’impose : ce ne sont ni les discours tapageurs ni les ambitions diplomatiques surjouées qui incarnent l’esprit du Nobel, mais bien les actes de courage silencieux.
Et à ce jeu-là, l’initiative soudanaise Emergency Response Rooms (ERR) surclasse les prétentions de Donald Trump, qui se rêve une fois de plus en artisan de paix mondiale. Nées dans les ruines de Khartoum, les ERR sont des cellules d’intervention citoyenne, animées par des volontaires anonymes qui, au péril de leur vie, nourrissent les civils, évacuent les blessés, documentent les exactions et organisent l’entraide dans un pays ravagé par une guerre que les puissants préfèrent ignorer. Leur action, locale, collective et non partisane, a déjà été saluée par le prix Rafto des droits humains — une reconnaissance scandinave souvent annonciatrice du Nobel.
Pour les spécialistes interrogés par l’AFP et le SIPRI, l’heure est venue de récompenser les artisans de paix sur le terrain. «Le comité Nobel devrait valoriser les médiateurs locaux», rappelle Karim Haggag, directeur du SIPRI, dénonçant l’hypocrisie des puissances occidentales qui alimentent les conflits qu’elles prétendent ensuite résoudre. L’historien norvégien Øivind Stenersen, spécialiste du Nobel, juge quant à lui Trump «incompatible avec les idéaux de paix universelle». L’ancien président américain, qui a qualifié d’«insulte» le fait de ne pas être récompensé, incarne pour beaucoup un symbole de division et d’arrogance, bien loin des valeurs de justice et de solidarité que le comité d’Oslo cherche encore à préserver. Les sites de bookmakers ne s’y trompent pas : l’ERR soudanaise récolte près de 30% des suffrages, contre 14% pour Trump. Si le Nobel 2025 consacre les ERR, ce ne sera pas un hommage à une figure d’État, mais à une poignée de femmes et d’hommes qui, dans l’ombre, choisissent chaque jour la vie, la dignité et le courage. Dans un monde saturé de postures, le comité Nobel pourrait enfin récompenser l’humanité en actes .
Lamine N.
Le comité face à son dilemme moral: Le Nobel cherche la paix, Trump cherche la gloire
