L’Algérie s’engage résolument dans la valorisation de ses ressources minières stratégiques, avec le lithium comme fer de lance de sa future indépendance énergétique. Le pays peut compter sur l’expertise de Karim Zaghib, scientifique algérien de renommée mondiale, sollicité par les autorités pour développer cette filière prometteuse. Depuis 2022, des rencontres fructueuses entre le ministre de l’Énergie et des scientifiques ont permis de poser les premiers jalons d’une coopération ambitieuse. L’objectif ? Créer une industrie locale de fabrication de batteries lithium-ion dans le cadre de la vision algérienne d’« énergie circulaire ». « L’Algérie possède tous les atouts pour son industrialisation plutôt que de dépendre des pays asiatiques ou européens », affirme Karim Zaghib, invité de l’émission « L’Invité du jour » sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne. Le pays dispose en effet d’un écosystème complet avec des minerais critiques comme le fer, le phosphate et surtout le lithium, le plaçant dans le cercle très fermé des nations productrices aux côtés du Chili, de la Bolivie ou encore de l’Australie.
Le spécialiste mondial des batteries électriques, surnommé le « Maître de la batterie », souligne
l’importance stratégique de ce minerai : « Le lithium est devenu une ressource cruciale pour la transition énergétique mondiale. L’Algérie a la chance unique de posséder à la fois la matière première et les autres composants nécessaires comme le cuivre et le graphite ». Le triptyque lithium-fer-phosphate constitue selon lui un avantage décisif pour fabriquer localement cathodes et cellules de stockage.
Sans oublier le silicium, abondant en Algérie, qui permettrait de produire des panneaux solaires à moindre coût. « Quelques 300 km² de surfaces bien exposées pourraient fournir assez d’électricité pour le pays et l’export vers l’Europe », estime-t-il.
Un projet structurant pour l’économie nationale
Cette filière lithium pourrait générer jusqu’à 100 000 emplois selon les projections. Zaghib plaide pour la création d’une « École de la batterie » afin de former des compétences nationales capables de maîtriser toute la chaîne de valeur – de l’extraction des minerais à la commercialisation des produits finis. « Nous devons absolument transformer nos pierres localement plutôt que d’exporter la matière première brute », insiste le scientifique, qui compte appliquer en Algérie l’expertise acquise durant ses 31 années au Canada, où il a contribué à l’électrification des transports, notamment pour le constructeur Tesla.
Une feuille de route ambitieuse
Un plan de travail est en cours d’élaboration pour concrétiser ce « rêve algérien ». L’accent est mis sur l’urgence d’agir : « Il faut accélérer la transition énergétique pour préserver notre rente pétrolière au profit des générations futures », martèle Zaghib. La stratégie nationale en préparation intégrera universités, instituts de recherche et toutes les compétences disponibles. Elle couvrira tous les maillons de la chaîne : transformation des minerais, recherche et développement, innovation, industrialisation et commercialisation. Avec ses milliers de brevets à son actif, Karim Zaghib est déterminé à aider son pays d’origine à devenir un pionnier africain dans la production de batteries électriques. Cette révolution industrielle verte pourrait positionner l’Algérie comme un acteur majeur de la transition énergétique mondiale, tout en diversifiant son économie loin de la dépendance aux hydrocarbures.
Le lithium algérien, bien plus qu’un simple minerai, représente ainsi le catalyseur d’une nouvelle ère de développement durable et souverain pour le pays .
Farid B.
