La visite qui referme une parenthèse: Alger et Bamako, une fraternité qui se réinvente

La visite que le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, effectue lundi en Algérie ne relève pas du protocole ordinaire.
Elle vient sceller, deux semaines à peine après un entretien téléphonique avec son homologue Sifi Ghrieb, une séquence diplomatique dense qui redonne corps à une relation longtemps mise à l’épreuve.
Entre Alger et Bamako, l’histoire n’a jamais vraiment cédé la place au différend ; elle attendait, semble-t-il, le moment propice pour reprendre son cours naturel.Ce moment est venu.
Les deux capitales affichent une volonté commune de tourner la page des tensions récentes et de retisser, sur des bases solides, un partenariat que l’une comme l’autre présentent comme fondé sur la fraternité, le bon voisinage et l’intérêt réciproque des deux peuples.
Le geste n’est pas resté symbolique : en juillet, le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné le retour à Bamako de l’ambassadeur Kamel Retieb, quelques semaines après que Bamako a elle-même renvoyé son ambassadeur à Alger et rouvert son espace aérien aux vols algériens. Un jeu de gestes réciproques qui, dans le langage feutré de la diplomatie, vaut déclaration d’intention.
Pour Alger, ce rapprochement s’inscrit dans une ligne que le chef de l’Etat n’a cessé de rappeler : l’Algérie se veut, selon ses propres mots, un pays frère pour le Mali, attaché à l’unité de son peuple et de ses institutions, et opposé par doctrine à toute ingérence dans les affaires intérieures de son
voisin. Cette position, loin d’être une simple posture, structure l’ensemble de l’approche algérienne dans la région du Sahel, où la coordination sécuritaire entre les deux pays vise un objectif clair : endiguer le terrorisme, l’extrémisme et la criminalité transfrontalière qui gangrènent la zone. Mais la relance algéro-malienne ne se limite pas au registre sécuritaire. Les deux parties entendent aussi activer les mécanismes bilatéraux existants et élargir leur coopération aux domaines économiques et commerciaux, avec l’ambition de faire de la frontière commune un espace de développement plutôt qu’une ligne de fracture. C’est tout l’enjeu de cette visite : transformer une réconciliation diplomatique en dynamique durable, au bénéfice des deux peuples et, plus largement, de la stabilité de l’ensemble sahélo-saharien.
Fateh.H.