Le dossier de la mémoire commune entre l’Algérie et la France fait du surplace depuis des décennies. Alger affirme avoir multiplié les gestes concrets, dans une logique d’égal à égal. Elle se heurte pourtant, selon l’article, à une posture de supériorité encore ancrée chez les dirigeants français, qui réduit les efforts diplomatiques, historiques et universitaires à une « politique des petits pas » sans courage politique.
La France a certes reconnu le sort de l’avocat Ali Boumendjel et du mathématicien Maurice Audin, enlevés puis tués, mais elle s’interdit toute excuse officielle et globale adressée à l’État algérien.
L’auteur y voit la crainte des conséquences juridiques et morales de la colonisation, présentée comme un crime d’État organisé plutôt que comme des «dérives isolées». La loi du 23 février 2005, qui évoquait le «rôle positif» de la présence française outre Méditerranée, resterait le symbole de cet état d’esprit, encore présent dans une partie de la classe politique.
Archives et essais nucléaires, deux dossiers bloqués
Sur les archives algériennes emportées par l’armée française, Paris opposerait des restrictions strictes au nom de la sécurité nationale, ce qui empêche les historiens algériens d’accéder à des documents essentiels et permet de garder la maîtrise du récit.
À Reggane et à In Ekker, la France a laissé un héritage radioactif dont les générations successives paient encore le prix.
Le texte lui reproche d’esquiver l’assainissement complet des sites et l’indemnisation des victimes, la loi Morin imposant selon lui des conditions qui rendent la réparation presque impossible.
Les autorités françaises céderaient en outre aux pressions de la droite et de l’extrême droite, qui exploiteraient en campagne le sentiment de perte de suprématie. Tout rapprochement équitable en devient tributaire des intérêts partisans. L’auteur dénonce aussi la théorie d’une «égalité dans la souffrance», qui met sur le même plan les crimes d’une armée d’occupation et les actions de l’Armée de libération nationale, laquelle exerçait un droit à la légitime défense reconnu par le droit international.
La fermeté d’Alger
Face à cette attitude, l’Algérie dit vouloir refermer cette page sur des bases solides, sans rien céder de sa souveraineté historique. Les déclarations du président Abdelmadjid Tebboune traduiraient la volonté de soustraire ce dossier aux manœuvres saisonnières, et les analystes algériens jugent que toute «réconciliation mémorielle» butera sur un refus tant qu’elle ne passe pas par une reconnaissance explicite et une juste réparation. Le chef d’état-major, Saïd Chanegriha, a rappelé lors de rencontres de haut niveau qu’aucun avenir commun ne se construirait en oubliant le passé ni les sacrifices du peuple algérien.
Des voix françaises qui reconnaissent l’impasse
Le malaise n’échappe plus aux élites françaises. L’historien Benjamin Stora relève des périodes de rupture et de blocage inédits, et des responsables comme Ségolène Royal admettraient que les demandes algériennes sont légitimes, au premier rang desquelles la dépollution des sites nucléaires et la restitution des archives. La classe dirigeante, sous la pression de l’extrême droite, resterait pourtant incapable de traduire ces analyses en décision politique.
Khemissi M.
