Derrière le retrait du groupe Wagner du Sahel: L’Algérie ou la diplomatie silencieuse

L’annonce par le groupe paramilitaire russe son retrait de la région du Sahel, marque une nouvelle ère dans la géopolitique régionale et ouvre une nouvelle page pour le maintien de la paix qui passe par l’exercice de la souveraineté des pays africains.
Cité vendredi dernier par le média russe Sputnik, le groupe dont la présence au Mali dure depuis 4 ans, a déclaré dans un communiqué avoir mis fin à ce quil a qualifié de « mission ».
« Nous avons éliminé des milliers de terroristes et leurs commandants qui ont terrorisé la population civile pendant des années… Nous avons accompli la tâche principale: toutes les capitales régionales sont revenues sous le contrôle des autorités légitimes. La mission est accomplie », a-t-il indiqué.
Derrière ce constat, largement discutable pour ce qui est même de l’existence d’une mission de paix, il y a l’échec d’un groupe à se faire accepter par la population locale. Pour Akram Kharief, spécialiste des questions sécuritaires et proprietaire du site Menadefense, « le groupe a agi avec tellement de brutalité que la majorité des Maliens du Nord aujourd’hui ont basculé dans le camp séparatiste. De plus, la situation sécuritaire ne s’est pas améliorée, Bamako est encerclée par Katiba Macina, les attaques contre les bases des FAMA au Nord sont quotidiennes et Wagner a échoué par deux fois à prendre Tinzaouatène ». « Leur bilan est donc mince et quittent le Mali sans victoire », explique-t-il.
Il n’y pas que ça cependant. Le départ de Wagner ne cache pas en lui une main invisible d’Alger ? Certes, l’Algérie n’a jusqu’à présent ni jubilé ni crié victoire, mais tous les éléments convergent pour un rôle diplomatique plutôt silencieux. Il faut surtout rappeler que l’Algérie n’a jamais caché son opposition à cette présence et l’a toujours fait savoir à Moscou. Au moyens du dialogue et de la négociation, Alger a actionné d’autres options plus contraignantes vis-à-vis des russes. En accueillant le patron de l’Africom et en signant un protocole d’accord militaire avec l’armée américaine, l’Algérie envoyait un message fort à la Russie. Cette dernière craignant même sur une amitié de plus de 60 ans avec son partenaire en Afrique du Nord. Par ailleurs, le dernier épisode du drone abattu près de la frontière sud du pays, était l’ultime signal de la détermination d’Alger à user de moyens autres que diplomatiques, soit plus directs et sur le terrain des combats. C’est donc un départ sans trop de bruit mais qui cache une bataille de positionnement gagnée au final par Alger et sa diplomatie discrète. En faisant reculer un acteur armé étranger hors du Sahel et sans tirer une seule balle est un exploit que rares sont les pays qui le réalisent. L’Algérie l’a fait.
Le défi désormais est celui de restaurer les equilibles dans la région et ne pas laisser le vide laissé par Wagner, occupé par d’autres forces étrangères. Ce qui nécessiterait l’adhésion des tenants du pouvoir à Bamako et leur retour à la raison pour mettre la main dans la main d’un acteur régional fiable. En tout état de cause, Alger n’a qu’un seul souci : l’Afrique pour les africains et que les problèmes du continent soient résolus par ses États .

Fateh B.

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