Le monde a retenu son souffle, mardi, devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Alors que Donald Trump multiplie les menaces d’anéantissement contre l’Iran et exige la réouverture du détroit d’Ormuz sous ultimatum, ses alliés du Golfe ont tenté de faire passer une résolution qui, sous couvert de «sécuriser la navigatio », donnait en réalité un blanc-seing à l’escalade militaire américaine. La Chine et la Russie ont opposé leur droit de veto. Onze pays ont voté pour, deux contre, et deux se sont abstenus. Résultat : le projet est mort-né. Une gifle diplomatique pour Washington et ses partenaires régionaux....
Que proposait exactement ce texte, porté par Bahreïn au nom des monarchies du Golfe et de la Jordanie ? Il réaffirmait le droit de passage dans le détroit, ce que personne ne conteste, mais surtout, il encourageait les États «intéressés» à coordonner des efforts «défensifs», y compris l’escorte de navires et la «dissuasion» de toute tentative de fermeture du détroit. Autrement dit, une légitimation à posteriori d’une intervention militaire menée par les États-Unis et leurs alliés, sous prétexte de protéger le commerce mondial. Le texte allait même jusqu’à menacer d’«autres mesures» contre ceux qui entraveraient la liberté de navigation, une clause ouverte vers de nouvelles sanctions ou pire. Pékin et Moscou ont vu le piège. En votant non, ils ont envoyé un message clair : on ne règle pas une crise provoquée par l’arrogance américaine en offrant à Trump un chèque en blanc du Conseil de sécurité. Depuis des semaines, Trump joue au pompier pyromane : il bombarde, impose un blocus de fait, fixe des ultimatums absurdes («une civilisation entière va mourir ce soir»), puis exige que Téhéran cède sous la menace. Et quand l’Iran ferme le robinet du pétrole, Washington vient pleurer à l’ONU pour qu’on lui donne raison. La manœuvre était trop grossière. La résolution, habillée des atours du droit international, n’était qu’un cheval de Troie pour valider l’interventionnisme sauvage de Trump. La Chine et la Russie ne sont pas des enfants de chœur ; elles savent que si le détroit d’Ormuz devient un enjeu unilatéralement contrôlé par les États-Unis, c’est tout l’équilibre énergétique mondial qui bascule sous la coupe d’un président imprévisible et obsédé par les péages. Trump l’a dit lui-même : «Et si nous imposions des péages ?» Il ne veut pas la liberté de navigation, il veut la mainmise. Alors, oui, l’Iran a commis une faute en fermant le détroit. Oui, la tension est explosive. Mais la réponse ne peut pas être d’offrir à Trump un nouvel outil de guerre. Le double veto de Pékin et Moscou est un rappel salutaire : le Conseil de sécurité n’est pas la chambre d’enregistrement des humeurs de la Maison-Blanche. En attendant, le monde retient son souffle. Car Trump, lui, n’a pas dit son dernier mot. Et sa «nuit de la destruction» pourrait bien tomber sans aucune légitimité onusienne. Mais une fois de plus, ce sont les peuples qui paieront.