En hommage à Mohammed Ben Saïd Chérifi: Un prix de calligraphie arabe lancé à Alger

Dans l’écrin de la Grande Mosquée d’Alger, là où le minéral dialogue avec le spirituel, une lumière douce vient caresser les manuscrits anciens. Le Musée de la civilisation islamique y abrite désormais une promesse : le Prix Mohammed-Ben-Saïd Chérifi de calligraphie arabe vient d’être lancé, comme on allume un flambeau pour éclairer la route des générations futures.
Ce n’est pas un concours ordinaire. C’est une invitation au voyage intérieur, une main tendue à tous ceux qui croient encore que la beauté d’une lettre peut contenir l’univers. Calligraphes accomplis, étudiants aux doigts tachés d’encre, artistes en quête de sens sont appelés à se mesurer à l’exigence du trait juste. Leurs œuvres seront jugées, leurs talents récompensés, et les noms des lauréats flotteront dans l’air léger de la nuit du 27e jour de Ramadhan, quand le ciel, dit-on, se rapproche de la terre. Derrière cette initiative, il y a la volonté de ne pas laisser s’éteindre une flamme vieille de plusieurs siècles.
Car la calligraphie arabe n’est pas un simple ornement. Elle est la mémoire visible d’une civilisation, le souffle devenu forme, la parole devenue ligne.
En créant cet espace de rencontre entre les maîtres et les apprentis, entre le passé et l’avenir, le musée tisse une passerelle fragile et précieuse.
Le docteur Khaled Sabeur Cherif, qui veille sur ce lieu de mémoire, rappelle avec des mots qui semblent venir d’un autre temps que la civilisation est née d’une rencontre : celle de la plume et de l’encre sur la blancheur du papier. La lettre arabe, dit-il, fut parmi les premiers témoins de la conscience humaine. Elle a tout vu, tout retenu : la prière du soufi, le calcul du savant, le poème de l’amoureux.
Le nom donné à ce prix est un hommage qui porte loin. Mohammed Ben Saïd Chérifi fut de ceux qui ont passé leur vie à vénérer la lettre.
Son œuvre est un monument silencieux. Il a calligraphié le Coran, deux fois, dans des styles différents. Le premier manuscrit, 607 pages, a demandé trois années d’une patience de bénédictin, achevées en 1978.
Le second, plus ample encore avec ses 707 pages, fut terminé en 1988 et tiré à des millions d’exemplaires.
Ses doigts ont aussi dessiné les billets qui crissent dans les mains des Algériens et les diplômes qui consacrent le savoir de ses compatriotes. Aujourd’hui, son nom devient un repère. Un phare pour que les jeunes plumes ne se perdent pas dans le tumulte du monde. Le musée, en portant cette initiative, rappelle que la beauté est aussi une forme de résistance.
Amina S.