Mémoire de pierre, âme de lumière: La Casbah d’Alger sublimée par l’objectif de Samir Djama

ILest des lieux qui ne se contentent pas d’exister : ils respirent, murmurent, résistent. La Casbah d’Alger est de ceux-là. À travers l’objectif sensible du photographe Samir Djama, cette âme séculaire vient de trouver une voix de papier, un écrin à la hauteur de sa mémoire.
L’ouvrage Casbah d’Alger, empreintes et racines, publié récemment aux éditions Colorset à l’occasion de la Journée qui lui est dédiée, se présente comme une offrande visuelle à cette reine de pierre blanche nichée au cœur de la capitale algérienne.
Feuilleter cet ouvrage bilingue de 168 pages, c’est accepter de se perdre pour mieux se retrouver. C’est s’aventurer dans un dédale où chaque ruelle escarpée raconte une histoire, où chaque porte sculptée garde un secret, où chaque balcon de bois ajouré retient le souffle des générations passées.
Samir Djama ne se contente pas de photographier : il écoute les pierres, capture la lumière qui danse sur les murs ocres, fige le temps qui semble suspendu entre ces murs chargés de siècles.
Son regard dépasse la simple documentation patrimoniale. Par un travail minutieux sur les contrastes et les perspectives, il restitue cette atmosphère si particulière qui fait de La Casbah bien plus qu’un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO : un organisme vivant, qui palpite encore au rythme des quotidiennetés simples, des silences habités, des présences discrètes qui perpétuent l’âme du lieu.
Car c’est bien là toute la force de ce livre : rappeler que La Casbah n’est pas un musée à ciel ouvert, mais un quartier habité, une mémoire qui se transmet dans l’odeur du café qui mijote, dans le rire des enfants qui jouent dans les venelles, dans la dignité silencieuse des vieillards assis sur le pas des portes.
Les clichés de Djama capturent cette vie profonde, ces «empreintes humaines» qu’il évoque lui-même avec pudeur.

Samir Djama, l’œil et la mémoire
Nourri d’une double culture scientifique et artistique, il est diplômé en physique avant de se consacrer aux arts graphiques, Samir Djama porte sur le patrimoine algérien un regard unique, à la fois rigoureux et poétique.
Fondateur des éditions Colorset, dédiées aux beaux livres patrimoniaux, il cumule plus de trois décennies d’une pratique où la technique sert toujours l’émotion.
«La Casbah n’est pas seulement un décor patrimonial, elle est une mémoire vivante», confie-t-il. Cette conviction traverse chacune des pages de cet ouvrage, qui fait suite à d’autres travaux remarquables sur Alger et ses quartiers historiques.
À travers son objectif, l’artiste ne cherche pas à figer La Casbah dans un passé révolu, mais à révéler les strates du temps qui s’y superposent, les racines qui plongent profond dans l’histoire tout en s’ancrant résolument dans le présent.
Ce témoin privilégié de la beauté algérienne offre avec ce livre une passerelle tendue vers le monde. L’édition bilingue français-anglais n’est pas un simple artifice éditorial : elle porte l’ambition d’ouvrir les portes de ce labyrinthe enchanté à ceux qui n’ont pas eu la chance d’y déambuler, de partager avec l’humanité entière ce joyau qui lui appartient aussi, par la grâce du classement
à l’UNESCO.
Dans un temps où les images s’accumulent et s’oublient, où le regard est saturé de clichés éphémères, l’ouvrage de Samir Djama impose une pause salutaire. Il invite à la contemplation lente, à la déambulation rêveuse, à la redécouverte respectueuse d’un lieu qui a tant donné à la culture algérienne et
méditerranéenne.
Ses photographies ne crient pas : elles chuchotent. Elles ne démontrent pas : elles suggèrent. Elles ne possèdent pas : elles offrent. Et c’est précisément dans cette retenue, dans cette élégance du regard, que réside leur puissance d’évocation. La Casbah d’Alger, par l’entremise de Samir Djama, continue de veiller sur la baie, fière et secrète, dévoilant un peu de son mystère à qui accepte de prendre le temps de la regarder vraiment. Son livre est une invitation au voyage, mais aussi un acte d’amour. Un acte nécessaire.
Amina S.