Les attentes sont grandes et la prudence est plus que jamais de mise à Paris, à la veille de la prononciation du verdict dans l’affaire dite ‘’Boualem Sansal’’. L’écrivain franco-algérien détenu depuis novembre 2024 en Algérie et condamné en première instance à 5 ans de prison ferme, devra connaître son sort, demain mardi. La Cour d’Alger prononcera le verdict dans le procès en appel de Sansal, ouvert pour rappel le 24 juin dernier. Au regard du réquisitoire réclamé par le Parquet, à savoir 10 ans de prison ferme et une amende de 1 million de dinars, les choses ne s’annoncent pas en faveur de l’auteur «2084, la fin du monde». Les plus optimistes de ses soutiens en France, tablent sur une confirmation de la peine en première instance, avec toutefois l’espoir de le voir bénéficier d’une grâce présidentielle. En effet, les graves chefs d’inculpation pour lesquels est poursuivi Boualem Sansal, dont l’«atteinte à l’unité nationale», ne plaident pas sa cause, malgré son âge. Afin de maintenir cet espoir, Paris adopte une posture de prudence, à la veille du verdict. Dans un contexte de crise diplomatique entre l’Algérie et la France, les propos sont très mesurés et les mots sont bien choisis par les responsables politiques français. Hier, le ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a soigneusement évité de commenter l’affaire. Invité sur le plateau d’une chaîne TV, le chef des ‘’Républicains’’, interrogé sur le dossier, s’est retenu de faire le moindre commentaire, répondant :
«je ne gâcherai pas la moindre chance pour la libération de Boualem Sansal».
Ce ministre qui, autrefois usait de mots pour le moins hautains et menaçant envers Alger, avec
ses « ultimatums » et « réponse graduée », se fait désormais tout petit et fait tout pour calmer le jeu.
Avant lui, c’est son collègue des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui a usé de mots mesurés sur l’affaire Sansal. Le chef de la diplomatie française qui s’exprimait samedi sur la chaîne LCI, estimant qu’«il n’y a pas de fondement à la détention de notre compatriote » a appelé les autorités algériennes «à un geste d’humanité au regard de son âge et de sa santé». Des propos qui résonnent comme un ultime appel de Paris envers Alger, pour la libération de Boualem Sansal.
Même au sein de l’Assemblée nationale française, les députés les plus rancuniers envers l’Algérie se voient obligés de faire preuve de retenue. C’est le cas du groupe UDR d’Éric Ciotti qui a retiré jeudi dernier sa résolution appelant à dénoncer les accords de 1968 et de 2013 avec l’Algérie.
«Ce débat parlementaire intervient à quelques jours, le 1er juillet, de la décision, du verdict qui concerne notre compatriote Boualem Sansal. L’objectif pour nous est la libération de Boualem Sansal (…) dont nous avons aujourd’hui l’ardente obligation de soutenir le combat et d’éviter la poursuite du calvaire qu’il subit», a-t-il argué en annonçant le retrait du texte.
Quoi qu’il en soit, au-delà du verdict de demain, si un geste ‘’humanitaire’’ est pris par l’Algérie à l’égard de Sansal, ce serait le début de la désescalade et du retour graduel à la normale dans les relations bilatérales. Il faudra, toutefois, attendre la soirée du 5 juillet, Fête nationale de l’indépendance, pour savoir si le nom de l’écrivain sera concerné par une éventuelle grâce présidentielle ou non.
Farid B.
