Tensions dans le détroit d’Ormuz: L’Algérie s’impose comme un fournisseur de gaz fiable pour l’Europe

Alors que les tensions croissantes dans le détroit d’Ormuz perturbent lourdement les expéditions mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL), l’Algérie conforte sa position de fournisseur stratégique pour l’Europe. Grâce à son réseau de gazoducs qui contournent les voies maritimes vulnérables, le pays nord-africain propose une alternative stable et sécurisée.
Récemment, plusieurs responsables européens, parmi lesquels la Première ministre italienne Giorgia Meloni et le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares, se sont rendus à Alger.
À l’issue de ces visites, les deux parties ont salué l’Algérie comme un partenaire «fiable et constant».
Contrairement au GNL transporté par voie maritime, qui doit obligatoirement transiter par le détroit d’Ormuz – un goulet stratégique pour les expéditions mondiales –, le gaz algérien parvient directement en Europe par gazoduc, évitant ainsi les aléas géopolitiques maritimes.
Selon des données d’Euronews, l’Algérie a livré entre 39 et 40 milliards de m3 de gaz à l’Union européenne en 2025, représentant environ 13 à 14% des importations totales du bloc. La majeure partie de ce volume est acheminée par gazoduc, principalement via TransMed vers l’Italie et Medgaz vers l’Espagne, le reste étant couvert par des expéditions de GNL. Interrogé par l’agence Xinhua, Mourad Kouachi, expert économique algérien, a souligné que la dépendance croissante de l’Europe au gaz algérien n’est «pas temporaire, mais s’inscrit dans une stratégie à long terme motivée par des préoccupations de sécurité d’approvisionnement, notamment en raison des tensions persistantes autour de voies de passage clés comme le détroit d’Ormuz». Selon lui, «la situation géographique, la stabilité et la fiabilité éprouvée de l’Algérie en tant que fournisseur en font un choix naturel».
L’expert a également rappelé que l’Algérie figure parmi les dix premières réserves mondiales de gaz et a noué des partenariats solides avec de grandes entreprises énergétiques telles que Sinopec, Eni, Chevron et ExxonMobil, ce qui lui confère un fort potentiel pour répondre à la demande croissante.
Toutefois, des défis demeurent. Le pays produit actuellement environ 100 milliards de m3 de gaz par an, dont la moitié est consommée sur le marché local et l’autre moitié exportée.
La demande intérieure augmente de 3 à 4% par an, ce qui limite les capacités de transport des gazoducs.
Pour y remédier, le ministre algérien de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a annoncé en octobre dernier un plan d’investissement de 60 milliards de dollars dans des projets énergétiques entre 2025 et 2029. Kouachi a précisé à Xinhua que l’Algérie dispose d’environ 4 500 milliards de m3 de réserves de gaz, mais que leur exploitation à grande échelle nécessiterait des investissements colossaux. Les partenaires européens et chinois, a-t-il souligné, seront essentiels pour le financement et le développement.
Des entreprises chinoises, dont Sinopec, sont déjà actives dans les projets pétroliers, gaziers et d’énergies renouvelables en Algérie. Par ailleurs, le pays ne se limite pas au gaz. L’Algérie développe activement des initiatives dans le domaine de l’hydrogène vert, notamment le projet de gazoduc SouthH2 Corridor, qui devrait acheminer jusqu’à quatre millions de tonnes d’hydrogène vert par an vers l’Europe.
Le pays a également lancé des projets solaires d’une capacité totale de plus de 3 200 mégawatts et prévoit d’accélérer le développement des énergies renouvelables dans le cadre de sa transition énergétique.
Samira A.