Diversification économique nationale : Bruxelles comprend et tend la main

Dans un entretien diffusé ce mercredi à la télévision publique, l’ambassadeur de l’Union européenne en Algérie, Diego Mellado, a détaillé la position du bloc sur plusieurs dossiers communs avec Alger, qu’ils soient sécuritaires, économiques, commerciaux ou sociaux. Son message tient en une idée centrale. L’Algérie est un acteur incontournable, et l’Europe a tout intérêt à travailler avec elle. Le diplomate a souligné le rôle pivot joué par l’Algérie au Sahel, que lui confèrent sa position géographique, sa stabilité et son poids régional.

Il estime que l’Europe dépend de l’action sécuritaire et de développement menée par Alger dans la région, car les questions de sécurité qui touchent l’Algérie à travers le Sahel ont des répercussions jusque sur le continent européen. Il a plaidé pour davantage de coordination et d’échanges d’informations, afin de mener des analyses communes et d’arrêter des actions conjointes en matière de migration, de sécurité et d’énergie.

Selon lui, il s’agit de trouver un équilibre entre des partenaires qui défendent les mêmes intérêts, à savoir la stabilité, le développement économique, le bon voisinage et une certaine complémentarité économique le long des frontières. L’Europe, a-t-il dit, a la chance de compter sur un acteur comme l’Algérie dans la région, tout en reconnaissant que d’autres puissances géopolitiques y poursuivent des objectifs qui ne coïncident pas forcément avec ceux d’Alger et de Bruxelles.

Sur la migration, l’ambassadeur a rappelé que le sujet pèse lourd dans la politique intérieure européenne, plusieurs pays, dont l’Espagne, la Pologne, l’Italie, la France et la Slovaquie, devant tenir des élections importantes où elle sera au cœur des débats. Il a toutefois insisté sur le fait qu’elle ne se réduit pas à sa dimension politique : elle comporte aussi un volet humain, fidèle aux valeurs européennes de respect des droits de l’homme, et un volet sécuritaire lié à la gestion des flux. Il a décrit le Sahel comme l’une des routes migratoires les plus directes et les plus importantes, et appelé à en discuter entre les parties concernées.

Il a même relevé que l’Algérie était devenue elle-même une terre d’attraction pour les migrants, en tant que pays le plus riche et le plus développé de la région, avec un niveau de vie élevé. Sur le plan économique, Diego Mellado a affirmé comprendre la politique de diversification de l’Algérie et sa volonté de réduire sa dépendance aux énergies fossiles, en particulier au gaz. Il juge cette orientation légitime, d’autant que l’Europe développe elle aussi son industrie locale. Cela n’empêche pas, a-t-il ajouté, de trouver des espaces de coopération profitables aux deux parties.

Le commerce et l’investissement forment le cœur des relations économiques, au fondement de l’accord d’association, mais aussi du «Pacte pour la Méditerranée», qui offre une approche nouvelle au-delà du seul accord. Il a salué les efforts de l’Algérie pour mettre en place l’Agence algérienne de promotion de l’investissement et le système du guichet unique. Il a admis l’existence de divergences sur l’ouverture du marché algérien, tout en jugeant que le dialogue reste le meilleur moyen de trouver des terrains d’entente.

Lotfi L.-E