une situation explosive» : c’est l’avertissement glaçant lancé lundi par le chef des opérations de secours de l’ONU, Tom Fletcher, à l’issue d’une visite au Soudan du Sud.
Dans ce pays déjà exsangue, la reprise des combats dans l’État de Jonglei a provoqué ces dernières semaines un exode massif de centaines de milliers de civils, tandis que le système de santé s’effondre et que le choléra se propage comme une traînée de poudre.
Les affrontements qui ont éclaté fin décembre entre les forces fidèles au président Salva Kiir et celles de son rival de toujours, Riek Machar, ont plongé le centre et le nord du Jonglei dans un nouveau bain de sang.
Le bilan humain est terrible : près de 280 000 personnes ont fui leurs foyers dans huit comtés, cherchant désespérément refuge dans les États voisins du Haut- Nil et des Lacs.
Les infrastructures sanitaires, déjà fragiles, sont en première ligne. Treize établissements de santé ont été saccagés ou pillés, faisant trois morts parmi le personnel soignant.
Dans certaines zones, la majorité des structures médicales ont tout simplement cessé de fonctionner, laissant des milliers de blessés et de malades sans aucun soin.
Dans ce chaos, une autre menace, silencieuse et mortelle, progresse : le choléra.
Entre le 11 et le 17 février, 106 nouveaux cas et trois décès ont été enregistrés.
Depuis le début de l’épidémie en septembre 2024, le pays compte officiellement plus de 98 000 cas et 1 624 morts.
Un bilan probablement sous-évalué, l’accès aux zones les plus reculées étant devenu quasi impossible. Sur le terrain, l’accès humanitaire reste un parcours du combattant, malgré les promesses des autorités.
«Ici, nous sommes confrontés à une situation explosive, marquée par le changement climatique, les conflits, les inégalités et la pauvreté», a déploré Tom Fletcher. Avant d’ajouter, avec gravité : «Actuellement, les Sud-Soudanais ont le sentiment que personne ne les écoute.»
Pour le responsable onusien, l’enjeu dépasse désormais la simple aide d’urgence. Il pose les véritables questions, celles qui fâchent : «Comment instaurer un processus de paix ? Comment mettre fin à ce conflit ? Comment assurer la sécurité des populationslocales ?» Autant de défis qui, s’ils ne sont pas relevés d’urgence, pourraient faire basculer le Soudan du Sud dans l’abîme.
Malik M.
Soudan du Sud: L’ONU alerte sur une «bombe humanitaire»

