Vendredi 6 mars, une frappe israélienne a délibérément visé un immeuble du centre-ville de Saïda, principale agglomération du Sud-Liban, sans aucun avertissement préalable.
L’Agence nationale d’information libanaise (ANI) a rapporté que le dixième étage d’un immeuble de bureaux, situé sur l’artère principale à proximité immédiate de deux centres accueillant des personnes déplacées, a été pulvérisé.
Les secouristes s’activent toujours pour extraire les victimes des décombres, alors que les équipes de Médecins Sans Frontières témoignent d’une « peur constante » parmi les communautés du sud, exposées à des attaques parfois précédées d’ordres d’évacuation, parfois non.
Plus de 10 000 violations du cessez-le-feu documentées
Cette nouvelle agression s’inscrit dans une politique systématique de violation des accords internationaux. Depuis l’accord de cessez-le-feu conclu fin novembre 2024, les Forces intérimaires des Nations Unies au Liban (FINUL) ont documenté plus de 10 000 violations israéliennes, et plus de 370 personnes ont été tuées par les frappes israéliennes depuis l’entrée en vigueur de l’accord . La FINUL a également constaté que l’armée israélienne maintient cinq positions et deux zones tampons à l’intérieur du territoire libanais, en violation flagrante de la résolution 1701 du Conseil de sécurité
Un bilan humain qui s’aggrave d’heure en heure
Selon le dernier bilan des autorités libanaises publié jeudi, au moins 102 personnes sont tombées en martyrs et 638 ont été blessées depuis lundi, mais ces chiffres pourraient s’alourdir considérablement après le raid de vendredi à Saïda .
Plus de 95 000 Libanais ont été déplacés de force depuis l’entrée du pays dans la guerre régionale, fuyant des zones où les ordres d’évacuation israéliens, souvent émis sans délai suffisant, ne constituent pas des avertissements « efficaces » au regard du droit international humanitaire.
Une stratégie de terreur contraire au droit international
Human Rights Watch a alerté sur le grave risque de violations auxquels sont exposés les civils libanais, soulignant que les avertissements d’évacuation qui ne laissent pas aux populations le temps de se rendre dans des zones plus sûres ne sont pas considérés comme « efficaces » par la loi, et peuvent constituer des actes de terrorisme contre la population civile lorsqu’ils visent principalement à semer la panique .
Le ministre israélien d’extrême droite Bezalel Smotrich a d’ailleurs menacé jeudi la banlieue sud de Beyrouth de subir la même dévastation que Gaza, une déclaration qui fait froid dans le dos alors que l’aviation poursuit ses raids.
Le Liban pris en étau, entre agression et impuissance imposée
Face à cette escalade, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a averti qu’un « désastre humanitaire » se profilait en raison des déplacements massifs, et que « les conséquences de ce déplacement sur le plan humanitaire et politique pourraient être sans précédent » .
Pourtant, dans une décision controversée, le gouvernement libanais a ordonné à son armée de ne pas riposter aux incursions israéliennes, tandis que le président Joseph Aoun a interdit les activités militaires du Hezbollah, illustrant le dilemme tragique d’un État sommé de protéger son territoire sans pouvoir défendre ses citoyens.
Malik.M.
