Les cours du pétrole ont franchi un seuil historique hier lundi, dépassant les 110 dollars le baril dans des proportions jamais vues depuis des décennies, alors que la guerre qui embrase le Moyen-Orient provoque une paralysie sans précédent des approvisionnements énergétiques.
Le baril de Brent de la mer du Nord a bondi à 119,50 dollars en séance, enregistrant une hausse vertigineuse de 29%, tandis que son homologue américain, le West Texas Intermediate, grimpait jusqu’à 119,48 dollars, soit une progression de 31,4% .
Ces chiffres donnent le vertige : jamais depuis la guerre du Kippour en 1973 ou le choc pétrolier de 1979, les marchés n’avaient connu une telle envolée des prix en si peu de temps .
Cette flambée spectaculaire, qui porte les deux principaux indices pétroliers à leurs plus hauts niveaux depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, trouve son origine dans une conjonction de facteurs alarmants.
Au cœur de la tourmente, le détroit d’Ormuz, cette artère stratégique par laquelle transite environ un cinquième de la production mondiale de pétrole et une part significative du gaz naturel liquéfié, se retrouve pratiquement paralysé.
Les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, suivies des représailles iraniennes, ont transformé cette voie maritime vitale en poudrière.
Les compagnies d’assurance ont suspendu leurs garanties pour les navires empruntant cette route, et les armateurs internationaux, à l’image du danois Maersk, ont choisi de détourner leurs convois par le cap de Bonne-Espérance, allongeant les trajets de plusieurs semaines et faisant exploser les coûts de fret .
La situation sur le terrain est encore plus préoccupante. Incapables d’exporter leur production faute de passage, plusieurs pays producteurs ont été contraints de réduire drastiquement leur extraction. L’Irak, dont la production quotidienne atteint habituellement 4,3 millions de barils, a dû diminuer son débit d’au moins un quart, ses installations de stockage étant saturées .
Le Koweït et les Émirats arabes unis ont emboîté le pas, tandis que l’Arabie saoudite elle-même, malgré ses capacités de stockage plus importantes, commence à sentir la pression.
Les experts estiment que si le blocus persiste, ce sont plus de 4 millions de barils par jour qui pourraient être retirés du marché d’ici la fin de la semaine .
À titre de comparaison, la révolution iranienne de 1978 n’avait perturbé que 5,6 millions de barils quotidiens, et la guerre du Kippour, 4,4 millions.
Les conséquences de cette crise se mesurent déjà à l’aune des records battus. Le Brent a grimpé de 27% la semaine dernière, et le WTI de 35,6%, réalisant leur meilleure performance hebdomadaire depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022.
Et la tendance semble loin de s’inverser : la banque JPMorgan estime que les stocks de réserve des pays du Golfe ne permettent de tenir que quelques semaines, au mieux, avant que des pénuries plus graves ne se fassent sentir .
Le marché, qui tablait encore récemment sur un excédent mondial de près de 1,5 million de barils par jour pour 2026, se retrouve brutalement confronté à une menace de pénurie .
Les déclarations rassurantes des responsables américains peinent à calmer les esprits. Le secrétaire américain à l’énergie, Chris Wright, a certes affirmé dimanche dernier qu’il ne faudrait «pas attendre longtemps avant de voir une reprise plus régulière du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz», tout en reconnaissant qu’il faudrait «quelques semaines» pour un retour à la normale.
Un délai bien trop long pour des marchés qui s’affolent jour après jour.
Le président Donald Trump a de son côté minimisé l’impact, évoquant des prix qui «baisseront rapidement une fois la menace nucléaire iranienne éliminée».
Une position qui contraste avec la gravité de la situation sur le terrain. Cette crise pétrolière, la plus grave que le monde ait connue depuis l’embargo arabe de 1973, intervient dans un contexte économique mondial déjà fragilisé par une inflation persistante et des taux d’intérêt élevés.
Les pays asiatiques, premiers importateurs de brut du Golfe, sont en première ligne, mais l’Europe, qui dépend du gaz qatari transitant également par Ormuz, n’est pas épargnée : les prix du gaz naturel ont bondi de 30% hier lundi .
Au-delà de l’énergie, ce sont les marchés des fertilisants, dont 44% du soufre et 31% de l’urée transitent par la zone, qui pourraient provoquer une nouvelle flambée des prix agricoles mondiaux .
Alors que le conflit entre dans son dixième jour sans aucune perspective de désescalade, les regards se tournent vers les réserves stratégiques des pays consommateurs. Mais les experts sont unanimes : les stocks, aussi importants soient-ils, ne pourront compenser indéfiniment l’arrêt d’un flux de 20 millions de barils quotidiens. L’économie mondiale retient son souffle, confrontée à ce que certains n’hésitent plus à qualifier de «pire crise pétrolière de l’histoire».
Samira G.
Pétrole à 120 dollars: Le choc pétrolier qui fait trembler l’économie mondiale

