Téhéran a minimisé hier dimanche l’échec des premières discussions de paix avec les États-Unis, organisées à Islamabad sous la médiation du Pakistan.
Personne ne s’attendait sérieusement à une percée dès la première session, a affirmé le porte-parole de la diplomatie iranienne, alors que les deux camps ont quitté la capitale pakistanaise sans avancée concrète pour mettre fin à la guerre qui ravage le Moyen-Orient.
Un premier cycle sans illusion
«Il était évident dès le départ que nous ne devions pas nous attendre à atteindre un accord en une seule session de négociations. Personne ne s’y attendait», a déclaré Esmaeil Baqaei, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, lors d’un entretien diffusé par la télévision d’État iranienne. Ces propos visaient à tempérer les attentes après l’annonce officielle de l’absence d’accord à l’issue de ce premier cycle de dialogue.
Les deux délégations ont quitté Islamabad sans avoir signé la moindre feuille de route commune, mais sans non plus rompre le canal de communication. Baqaei s’est dit «sûr que nos contacts avec le Pakistan, ainsi que nos autres amis dans la région, se poursuivront», laissant entendre que d’autres rounds sont déjà à l’étude.
Qui étaient les négociateurs ?
La délégation américaine était conduite par le vice-président des États-Unis, J. D. Vance, entouré de deux figures influentes de l’administration : Jared Kushner, conseiller principal et gendre du président, ainsi que Steve Witkoff, émissaire spécial pour le Moyen-Orient. Cette composition reflétait la volonté de Washington d’envoyer des signaux forts, tant sur le plan politique que diplomatique.
Côté iranien, les négociateurs de premier plan étaient Mohammad Baqer Qalibaf, président du Parlement iranien, et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi. La présence de Qalibaf, personnalité conservatrice influente, soulignait l’importance que Téhéran accorde à ce processus, malgré les réserves internes exprimées ces dernières semaines.
La Russie se propose comme médiateur supplémentaire
Dans ce contexte diplomatique tendu, le président russe Vladimir Poutine a fait savoir qu’il était prêt à jouer un rôle actif pour favoriser un règlement de la guerre au Moyen-Orient.
Selon un communiqué du Kremlin publié hier dimanche et relayé par l’AFP, Poutine s’est entretenu avec son homologue iranien, Massoud Pezechkian, et a réaffirmé sa «disposition à poursuivre les efforts de facilitation pour une solution politique et diplomatique au conflit».
Le Kremlin a précisé que la Russie entendait contribuer à «une paix juste et durable au Moyen-Orient», sans toutefois détailler les modalités concrètes de cette médiation.
Cette offre intervient alors que Moscou entretient des relations à la fois avec Téhéran et avec certains alliés régionaux des États-Unis, ce qui pourrait lui conférer une position d’intermédiaire unique.
Le Pakistan appelle au respect du cessez-le-feu
Face à l’absence d’accord, le Pakistan, pays hôte et médiateur des discussions, a exhorté les deux parties à ne pas laisser échouer les efforts en cours. Le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, a insisté sur la nécessité de maintenir les engagements pris antérieurement.
«Il est impératif que les parties continuent à respecter leur engagement en faveur du cessez-le-feu», a-t-il déclaré, faisant référence à la trêve de deux semaines toujours officiellement en vigueur.
Il a ajouté : «Le Pakistan a joué et continuera à jouer son rôle pour faciliter le dialogue entre la République islamique d’Iran et les États-Unis d’Amérique dans les jours à venir.»
Quelles perspectives ?
Aucune date n’a encore été annoncée pour un éventuel second cycle de négociations. Les observateurs s’accordent toutefois à dire que le simple fait que les deux délégations aient accepté de se réunir à Islamabad constitue un signe, même ténu, de volonté mutuelle de désescalade. Reste à savoir si les positions respectives pourront se rapprocher sur des dossiers aussi sensibles que les programmes balistique et nucléaire iraniens, le retrait des forces américaines de certaines zones, ou encore le statut des groupes armés alliés de Téhéran.
En attendant, la guerre au Moyen-Orient continue de faire rage, et les capitales régionales scrutent avec attention les prochains mouvements diplomatiques entre Washington, Téhéran, Moscou et Islamabad.
Malik M.
