Une troisième victime est venue alourdir, jeudi dernier, le bilan tragique de la répression menée par les forces du Makhzen contre des manifestants pacifiques dans la province d’Inzegan, au sud du Maroc.
Ce nouveau décès, survenu après une intervention brutale des forces de l’ordre, s’ajoute à une série de violences qui ont déjà fait des centaines de blessés et provoqué une onde de choc dans tout le pays. Les protestations, portées par une jeunesse déterminée à réclamer justice sociale, fin de la corruption et accès aux services essentiels, ont été accueillies par une répression féroce.
Arrestations arbitraires, menaces de peines allant jusqu’à la réclusion à perpétuité, usage disproportionné de la force : le Makhzen semble avoir opté pour l’intimidation systématique plutôt que pour l’écoute des revendications populaires. Des images et vidéos diffusées par les médias locaux et les témoins sur place documentent une violence d’État qui ne laisse place à aucune ambiguïté.
Les manifestants, dont l’action avait été annoncée comme pacifique, ont été dispersés avec brutalité, certains traînés au sol, d’autres frappés, interpellés, menacés. Face à cette escalade, plus de quinze organisations internationales de défense des droits humains ont publié un communiqué commun, dénonçant ce qu’elles qualifient de «crime politique caractérisé». Parmi elles, l’Organisation mondiale contre la torture, la Fédération internationale des droits de l’homme, Skyline International for Human Rights et plusieurs autres associations engagées dans la défense des libertés fondamentales. Leur message est clair : ce qui se passe au Maroc n’est pas un accident, mais une politique répressive assumée, visant à étouffer toute voix dissidente.
Le communiqué souligne que les autorités marocaines ont violé de manière flagrante les engagements constitutionnels et internationaux du pays, notamment l’article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui encadre strictement les restrictions au droit de réunion pacifique. La colère populaire, elle, ne faiblit pas. Les slogans scandés dans les rues, «Des hôpitaux avant les stades», traduisent une prise de conscience aiguë des priorités budgétaires déconnectées des réalités sociales.
Le drame récent du décès de huit femmes enceintes dans un hôpital d’Agadir est devenu le symbole de l’effondrement du système de santé, cristallisant l’indignation nationale. Les organisations signataires réclament cinq mesures urgentes : la libération immédiate des détenus, l’ouverture d’une enquête indépendante sur les violences policières, le respect des droits fondamentaux, la fin des intimidations contre les militants et journalistes, et l’ouverture d’un dialogue national inclusif pour traiter les crises structurelles du pays.
Le Makhzen est aujourd’hui face à un tournant : continuer à réprimer ou entendre enfin les voix qui montent des rues, des hôpitaux, des écoles, et des quartiers oubliés. Car ce qui se joue à Inzegan dépasse le cadre local : c’est la question de la dignité, de la justice et du droit à la parole qui est en train d’émerger, portée par une jeunesse qui refuse de se taire .
Lamine N.
Maroc: Répression sanglante, indignation mondiale
