Maroc: La jeunesse en révolte face à un système verrouillé

Dans les rues du royaume, une jeunesse marocaine se lève, non pas par effet de mode ou par impulsion numérique, mais par nécessité vitale. Ce soulèvement n’est ni passager ni superficiel : il incarne la colère d’une génération privée d’avenir, trahie par des promesses non tenues et des institutions défaillantes.
Le mouvement GenZ 212 cristallise cette révolte. Il met en lumière les fractures profondes d’un pays où la modernité se pavane dans les hôtels de luxe et les stades flamboyants, tandis que les maternités s’effondrent et que l’accès à une éducation ou à des soins décents devient un privilège. Les revendications sont claires : «santé, éducation, emploi, fin de la corruption». Elles ciblent les fondations mêmes d’un système qui confond pouvoir public et intérêts privés.
À sa tête, un Premier ministre milliardaire, symbole d’une élite politico-économique qui gouverne en vase clos, au service d’un cercle restreint. Face à cette contestation, le Makhzen a choisi la voie classique : répression, déni, et rhétorique sécuritaire. Des centaines d’arrestations, des dizaines de blessés, et au moins trois morts lors d’un affrontement près d’Agadir.
Ce bilan ne peut être ignoré ni relativisé. Transformer une mobilisation sociale en menace sécuritaire revient à attiser le feu plutôt qu’à l’éteindre.
Des ONG internationales, dont Amnesty International, dénoncent l’usage disproportionné de la force, les arrestations arbitraires et les méthodes d’intimidation qui visent à neutraliser plutôt qu’à dialoguer. Le discours officiel évoque une «ouverture au dialogue». Mais comment croire à cette main tendue quand elle vient de ceux qui ont détourné des fonds publics, investi dans des vitrines internationales, et laissé les hôpitaux et les écoles à l’abandon ? Un vrai dialogue suppose vérité, responsabilité et justice. Sans cela, il ne sert qu’à rassurer les partenaires étrangers, pas à réparer les vies brisées. La sécurité, brandie comme justification, devient un outil de censure, de criminalisation de la jeunesse et d’effacement des voix dissidentes. Dans un État respectueux de ses citoyens, on enquête sur les causes du malaise, pas sur ceux qui les dénoncent. Ici, on arrête, on intimide, on accuse les plateformes, on stigmatise les jeunes. C’est une mise à mort symbolique de l’engagement civique.
Aux élites silencieuses : votre mutisme est une complicité. Aux chancelleries occidentales : votre indulgence est une caution. Ce n’est pas une «exception marocaine» qu’il faut défendre, mais une jeunesse qui réclame justice, dignité et avenir. L’heure est grave. Il faut reconnaître la légitimité des revendications, enquêter de manière indépendante sur les violences, suspendre les poursuites contre les manifestants pacifiques, et amorcer une réforme profonde du système de gouvernance. Sans cela, la colère ne s’éteindra pas. Elle couve, elle attend, et elle reviendra .
Malik M.