Algérie-France: Gérald Darmanin relance l’idée d’un traité d’amitié

Au retour d’un déplacement à Alger, le garde des Sceaux français Gérald Darmanin a ravivé une proposition qui n’avait plus été évoquée officiellement depuis le début des années 2000 : celle d’un traité d’amitié entre la France et l’Algérie, destiné à remplacer l’accord bilatéral de 1968 sur l’immigration, jugé par lui-même inadapté aux réalités contemporaines des deux pays.
Invité sur la chaîne CNews, le ministre français, dont le grand-père est d’origine algérienne, a confié espérer la conclusion d’un tel traité à long terme, tout en mesurant le chemin qu’il reste à parcourir. Il a plaidé pour dépasser le texte actuel et construire une relation apaisée, fondée sur le respect mutuel et la prise en compte des intérêts légitimes de chaque nation.
L’idée d’un traité d’amitié franco-algérien avait été lancée sous les présidences d’Abdelaziz Bouteflika et Jacques Chirac, mais elle avait été enterrée à la suite de tensions politiques intervenues en France quelques années plus tard. En la remettant au goût du jour, Gérald Darmanin a souhaité inscrire cette
perspective dans un horizon de confiance et de dialogue renoué.
Pour le ministre de la Justice français, l’accord signé en 1968 ne reflète plus les équilibres démographiques, sociaux et économiques d’aujourd’hui, avec une Algérie et une France profondément transformées depuis l’époque du général de Gaulle.
Il a estimé nécessaire de renégocier ce cadre bilatéral et de le dépasser, en soulignant que les autorités algériennes sont conscientes de cette nécessité et que le président Emmanuel Macron s’est lui-même exprimé en ce sens.
Loin de toute logique de confrontation, Gérald Darmanin a défendu une approche respectueuse des deux parties, appelant à faire prévaloir les intérêts communs et la coopération entre voisins.
Il a également tenu à rappeler que les services de renseignement français et algériens continuent d’échanger régulièrement, notamment sur les défis sécuritaires au Sahel, démontrant ainsi la solidité des liens opérationnels qui persistent malgré les hauts et les bas diplomatiques.
Du côté du ministère français de l’Intérieur, Laurent Nuñez a confirmé le climat apaisé qui prévaut désormais entre les deux pays, saluant des relations sécuritaires renouées après une période de moindre intensité. Sur BFMTV, il a décrit des échanges réguliers et constructifs entre deux grands pays liés par une histoire commune et des destins interconnectés.
Il a également indiqué qu’une visite de son homologue algérien en France était en préparation, signe tangible de la reprise d’un dialogue institutionnel de haut niveau.
À propos du projet de traité d’amitié évoqué par Gérald Darmanin, Laurent Nuñez a simplement fait savoir qu’il y souscrivait pleinement, renforçant ainsi la cohérence de l’exécutif français sur ce sujet sensible. Au fil des déclarations, c’est le portrait d’une relation apaisée qui se dessine, une relation capable d’intégrer les
désaccords sans les laisser empoisonner l’ensemble du partenariat.
Gérald Darmanin a lui-même reconnu que les relations franco-algériennes oscillent parfois entre heurts et réconciliations, mais il a martelé l’importance de poursuivre le dialogue, de se parler en voisins et parfois en amis.
La relance de l’idée d’un traité d’amitié, même à titre de rêve ou d’horizon lointain, témoigne d’une aspiration partagée à dépasser les séquelles du passé pour écrire une page nouvelle.
Ce projet, s’il venait à aboutir, pourrait constituer une avancée historique majeure,
consacrant la transformation d’une relation longtemps tumultueuse en un partenariat durable, équilibré et tourné vers l’avenir.
Les liens humains, familiaux et culturels qui unissent les deux rives de la Méditerranée constituent à cet égard un terreau fertile sur lequel bâtir cette amitié retrouvée, dans le respect de la souveraineté et de la dignité de chacun n
l Lotfi L.-E.