Constantine, une équipe de jeunes chercheurs a relevé un défi aussi technique que symbolique : conjuguer mémoire nationale et révolution numérique.
Leur outil, un portail géospatial dédié à la Révolution algérienne, promet de bouleverser notre manière de transmettre l’histoire.
Longtemps resté dans l’ombre des laboratoires universitaires, ce projet ambitieux porté par le Centre national de recherche en aménagement du territoire (Crat) a été officiellement dévoilé aux médias cette semaine.
Finalisé en 2025, le «Portail numérique géospatial de la Révolution algérienne» entend remplacer les récits linéaires par une approche immersive et interactive, plus adaptée aux attentes des générations connectées.
Pour inaugurer cette aventure scientifique, les chercheurs ont choisi la wilaya de Batna. Un choix lourd de sens. La région, rappelle le professeur Chaouki Benabbès, directeur du Crat, est le berceau des premières échappées du 1er Novembre 1954. Un terrain idéal pour expérimenter une méthode appelée à s’étendre à tout le territoire national.
L’originalité du projet repose sur une double lecture de l’espace et du temps. Les chercheurs ont superposé des données topographiques de la guerre d’indépendance, camps de regroupement, centres de détention, cimetières de martyrs, grandes batailles – avec des archives écrites et des témoignages oraux, le tout affiné par des technologies de pointe en géomatique et des relevés GPS précis.
Cette confrontation minutieuse a permis de rectifier des erreurs topographiques longtemps répétées dans les récits. Des lieux stratégiques mal localisés, comme des hôpitaux de campagne ou des sépultures de combattants, retrouvent ainsi leur emplacement exact. Mais le projet ne se limite pas à une carte enrichie. Il se décline en plusieurs supports concrets : un portail numérique interactif, un livret destiné aux enseignants, des cartes thématiques et une base de données géographiques.
Cette matière première peut alimenter plusieurs secteurs prioritaires. Dans l’enseignement supérieur d’abord, alors que les Écoles normales supérieures intègrent progressivement des modules sur l’histoire de l’Algérie et la citoyenneté, ce portail offre un outil pédagogique d’une rare efficacité, encore trop peu sollicité par les institutions académiques. L’Éducation nationale vient ensuite. L’approche visuelle et immersive séduira sans doute davantage les jeunes esprits qu’un cours magistral traditionnel. Enfin, le tourisme mémoriel et le développement local figurent parmi les bénéficiaires directs.
La plateforme propose déjà des circuits touristiques balisés, accompagnés d’une application mobile. Il suffit au visiteur de se géolocaliser pour accéder immédiatement à des notices historiques, des témoignages numérisés ou des extraits d’archives.
Souci du détail : le système répertorie aussi les infrastructures locales comme les hôtels ou les stations-service, facilitant ainsi l’organisation de séjours dans la région des Aurès.
Le portail se veut évolutif et collaboratif. Le Crat tend la main aux historiens et chercheurs qui souhaitent enrichir ou vérifier les données, transformant cet outil en une œuvre ouverte, loin des systèmes figés.
Reste une étape décisive : que les pouvoirs publics s’approprient ce travail d’excellence. Si tel est le cas, ce projet quittera les murs feutrés des laboratoires pour nourrir la mémoire collective et, peut-être, réconcilier les Algériens avec une partie de leur histoire.
Amina S.
Mémoire et numérique: Quand des chercheurs de Constantine cartographient la Révolution

