Maroc: La grève des bonbonnes de gaz ébranle le trône de Mohamed VI

Nouveau coup de chaud pour le palais royal. Les distributeurs de gaz de pétrole liquéfié (GPL) au Maroc ont décidé de paralyser leurs activités pendant 48 heures, les 21 et 22 avril 2026.
Le mouvement, soutenu par leur syndicat professionnel, pourrait même se prolonger si leurs revendications ne sont pas entendues. En cause : des conditions économiques devenues intenables. Hausse des coûts logistiques, explosion des prix du transport, marges réduites à peau de chagrin. Toute la filière du gaz butane, vitale pour des millions de foyers modestes qui l’utilisent pour cuisiner et se chauffer, se retrouve sous tension.
Et lorsque ce maillon essentiel menace de rompre, c’est tout l’édifice social qui vacille.
Ce conflit, en apparence technique, ne doit pourtant pas être pris à la légère.
Derrière l’annonce d’une grève limitée dans le temps se cache une réalité bien plus préoccupante : le modèle économique marocain, que le Makhzen a longtemps présenté comme un exemple de stabilité, montre aujourd’hui ses fissures.
L’équilibre artificiel maintenu par des subventions massives et une régulation tatillonne ne pouvait durer éternellement.
Les grossistes, pris en étau entre des coûts explosifs et des prix administrés qui ne suivent pas, étouffent. Or, toute perturbation dans la chaîne d’approvisionnement du gaz butane provoque immédiatement des tensions : pénuries localisées, flambée des prix sur le marché parallèle, colère populaire. Ce produit de première nécessité, subventionné depuis des années, est devenu un baromètre politique. Le toucher, c’est risquer l’étincelle.
Car ce mouvement des distributeurs n’est pas un simple coup de gueule sectoriel. Il s’inscrit dans une dynamique plus large que nous avons déjà décortiquée : celle d’une «fausse stabilité» où les inégalités se creusent, où les rentes sont protégées, et où la contestation couve en silence.
Aujourd’hui, c’est un nouveau secteur, jusqu’ici discret et bien encadré, qui sort du bois.
Demain, d’autres pourraient emboîter le pas.
Pour les autorités marocaines, le danger est double. À très court terme, il faut éviter à tout prix une rupture d’approvisionnement qui mettrait le feu aux poudres dans les quartiers populaires.
À moyen terme, il leur faudra réformer en profondeur un système de subventions devenu intenable, sans pour autant raviver une colère sociale déjà latente. Un véritable casse-tête.
Ce que révèle cette grève, au fond, c’est que les signaux faibles s’accumulent. Hausse du coût de la vie, malaise des petits opérateurs, ras-le-bol silencieux des citoyens. Comme toujours dans les régimes qui reposent sur des équilibres précaires, ce sont ces craquements discrets qui préfigurent les secousses les plus violentes. Sale temps, en effet, pour Mohamed VI et son Makhzen.
M. M.