Dans un acte qualifié d’«attaque sans précédent» contre les Nations unies, les forces israéliennes ont démoli, mardi dernier, plusieurs bâtiments situés dans l’enceinte du siège de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) à Jérusalem-Est occupée.
Cette action a déclenché une vague de condamnations internationales et ravivé les inquiétudes sur l’érosion systématique du droit international dans les territoires palestiniens.
Une condamnation européenne ferme
La réaction internationale a été immédiate et cinglante. L’Allemagne, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, a fermement condamné l’opération, rappelant que «les biens de l’ONU sont inviolables» et qu’Israël a des obligations légales à respecter. «Les installations de l’ONU doivent être
protégées», a insisté Berlin.
Le ton a été encore plus sévère du côté de la Belgique. S’exprimant en marge du Forum économique mondial de Davos après une rencontre avec le Premier ministre palestinien, le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a dénoncé une «violation flagrante du droit international et des immunités de l’ONU», jugeant cet acte «inacceptable».
Il a réaffirmé le soutien de son pays au «peuple palestinien», qui «mérite la paix, la dignité et l’autodétermination».
L’ONU dénonce un «mépris délibéré» et une escalade alarmante
La direction de l’UNRWA a réagi avec une gravité particulière. Son commissaire général, Philippe Lazzarini, a qualifié la démolition de «nouveau niveau de mépris ouvert et délibéré du droit international». Il y voit une «conséquence directe» d’une législation israélienne adoptée en décembre 2023, renforçant les lois hostiles à l’agence. «Cela doit servir d’avertissement», a-t-il averti, soulignant que «la même chose pourrait arriver à toute autre organisation diplomatique dans le monde».
Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU a fait écho à cette indignation. Sa porte-parole, Ravina Shamdasani, a déploré que cet incident s’ajoute à «des attaques contre les organisations humanitaires et les acteurs des Nations unies qui tentent d’apporter de l’aid ».
Un contexte de pressions systématiques et de désinformation
Cet incident n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une escalade récente des pressions israéliennes contre l’UNRWA, incluant la fermeture forcée d’un centre de santé le 14 janvier et des menaces de coupures d’eau et d’électricité. Lazzarini a également rappelé que les locaux de l’agence avaient précédemment été la cible d’incendies criminels dans le cadre d’une «campagne de désinformation à grande échelle».
La réaction onusienne souligne avec force le caractère illégal de ces actions au regard des décisions de justice internationales.
L’agence a rappelé que la Cour internationale de Justice (CIJ) avait réaffirmé en octobre 2024 l’obligation pour Israël de faciliter le travail de l’UNRWA, et non de l’entraver, et avait statué que l’État hébreu «n’avait aucune compétence sur Jérusalem-Est». Face à cette démonstration de force, le chef de l’UNRWA a lancé un avertissement solennel à la communauté internationale : «Le droit international est de plus en plus bafoué depuis trop longtemps et risque de perdre toute pertinence en l’absence de réaction des États membres». Un appel pressant adressé aux capitales mondiales alors que la situation humanitaire à Ghaza et en Cisjordanie continue de se détériorer de manière alarmante.
Malik M.
