Aflanc de montagne, à quarante kilomètres au sud-est de Tizi-Ouzou, le village d’Ath Yenni abrite un trésor vivant : un art ancestral qui fait danser l’argent, le corail rouge et l’émail sous les doigts inspirés de ses orfèvres. Dans les ateliers de ce haut lieu de la bijouterie kabyle, chaque pièce naît comme une offrande à la beauté, un chant silencieux qui relie les générations.
Ici, le bijou n’est pas un simple ornement. C’est une mémoire façonnée, une histoire portée au cou, au poignet, au cœur. Jadis imposants et majestueux, les colliers, fibules et bracelets aux cabochons flamboyants racontaient la richesse et le rang. Aujourd’hui, ces pièces se réinventent sans renier leur essence. Plus légers, plus fins, mais toujours empreints de noblesse, ils s’adaptent aux rythmes modernes sans perdre leur souffle ancien. Madjid Ogal, artisan de la cinquième génération, le dit avec fierté : « Le bijou vit son temps. Il s’adapte aux femmes d’aujourd’hui, à leurs tenues, à leur liberté, tout en gardant son âme. » À la 19e Fête du bijou, ses créations dialoguent avec celles d’Azzedine Abad, maître bijoutier depuis trente ans, qui insiste : « L’argent, le corail et l’émail restent les piliers.
Ce sont les formes et les motifs qui évoluent. ». La modernisation n’est pas une rupture, mais une renaissance. Les artisans d’Ath Yenni ne cèdent ni à la facilité ni à l’oubli. Ils innovent pour survivre, pour séduire, pour transmettre. Leurs bijoux franchissent désormais les frontières, attirant une clientèle au-delà de la Méditerranée, tout en restant fidèles à l’art décoratif amazigh. Les pièces anciennes, elles, continuent de fasciner. Sur les stands de la fête, elles brillent comme des étoiles figées dans le temps. Riches de sens, elles sont des trésors familiaux, des investissements, des assurances silencieuses. Elles murmurent l’histoire d’un peuple, d’une terre, d’un savoir-faire qui refuse de s’éteindre. Ce village ne produit pas seulement des bijoux. Il façonne des symboles, des ponts entre hier et demain. Dans chaque cabochon, dans chaque arabesque d’émail, c’est l’âme kabyle qui scintille, fière, libre, éternelle .
Amina.S
