L’ancien chef de l’État, figure de la guerre d’indépendance et président de la République de 1994 à 1999, a été inhumé hier lundi après-midi à Batna, sa ville natale, en présence du président Abdelmadjid Tebboune et d’une foule immense venue de tout le pays.
Le ciel de Batna était lourd d’émotion, ce lundi 30 mars 2026. La dépouille du moudjahid Liamine Zeroual, ancien président de la République, a été portée en terre dans le cimetière central Bouzourane, après la prière du Dohr. Des funérailles nationales solennelles, présidées par le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune, ont rassemblé les plus hautes autorités du pays, des compagnons d’armes, des personnalités nationales, des membres du gouvernement, ainsi que des milliers de citoyens venus des quatre coins
de l’Algérie.
Un dernier hommage populaire avant l’inhumation
Dès l’aube, la maison familiale du défunt à Batna avait ouvert ses portes pour un ultime recueillement. Puis le corps a été transféré au siège de la wilaya, où une foule compacte – certaines personnes ayant parcouru des centaines de kilomètres depuis Oum El Bouaghi, Djelfa, Relizane ou Mascara, s’est pressée pour rendre hommage à celui qui fut à la fois un chef de guerre, un bâtisseur de l’armée nationale et un président respecté.
Parmi les présents, la moudjahida Sassia Halis, l’une des fondatrices d’une cellule secrète pendant la Révolution, n’a pu retenir ses larmes. «Il a consenti d’énormes sacrifices pour l’Algéri », a-t-elle confié, visiblement bouleversée.
Le wali de Batna, Ryadh Benahmed, aux côtés d’élus locaux et de nombreux anciens combattants, a salué la mémoire d’un homme dont la vie entière fut dévouée à la patrie.
Un parcours de combattant et de bâtisseur
Né le 3 juillet 1941 à Batna, Liamine Zeroual rejoint l’Armée de libération nationale (ALN) à seulement seize ans, en 1957. Après l’indépendance,
il poursuit une brillante carrière militaire, se formant à haut niveau et occupant des postes
stratégiques : directeur de l’École militaire de Batna (1974-1975), commandant de l’Académie militaire de Cherchell (1981-1982), puis responsable des 6ᵉ, 3ᵉ et 5ᵉ Régions militaires.
En 1989, il est nommé commandant des forces terrestres, devenant l’un des artisans de la modernisation de l’Armée nationale populaire.
Appelé à la tête de l’État en janvier 1994 dans un contexte de crise nationale, il est élu président de la République en novembre 1995. Son mandat est marqué par la lutte contre le terrorisme et la restauration de la stabilité. En 1999, il prend une décision surprenante : il organise une élection présidentielle anticipée et se retire volontairement du pouvoir, ouvrant la voie à une transition démocratique.
Après son départ de la présidence, il choisit une vie simple et discrète à Batna, loin des honneurs, incarnant jusqu’au bout la modestie et le sens du devoir.
Un deuil national
Le président Tebboune, qui a présidé la cérémonie funèbre, a salué la mémoire d’un «homme d’État intègre» et d’un «moudjahid fidèle à ses engagements».
Les drapeaux ont été mis en berne sur l’ensemble du territoire. La disparition de Liamine Zeroual, survenue samedi dernier, a suscité une vague d’émotion et d’hommages à travers tout le pays, confirmant la place singulière qu’il occupait dans le cœur des Algériens.
À Batna, sous un ciel d’hiver finissant, la terre a refermé ses bras sur un fils de la révolution, un
président pas comme les autres, un homme libre.
Farid B.
