L’agression militaire conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran constitue un tournant décisif dans les équilibres stratégiques du Moyen-Orient. C’est l’analyse livrée ce jeudi par Bassem Laredj, président
du cabinet Amane Risque Consulting, invité de l’émission L’invité du jour sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne. Pour cet expert, cette intervention armée, qu’il qualifie sans détour de « violation directe du droit international », risque d’ouvrir la boîte de Pandore d’un conflit prolongé aux répercussions
planétaires.
D’emblée, l’analyste pointe du doigt le deux poids deux mesures des instances internationales. Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU vient de condamner les frappes iraniennes contre des bases américaines situées dans certains pays arabes, il aurait selon lui été légitime d’exiger d’abord une condamnation claire de l’opération militaire visant Téhéran. Ce traitement sélectif illustre, à ses yeux, l’affaissement continu du système multilatéral depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. « On ne cherche même plus à respecter un semblant de droit international, ni même les formes diplomatiques élémentaires », observe-t-il avec amertume.
Derrière l’offensive, Bassem Laredj décrypte une stratégie américaine fondée sur l’illusion d’une guerre éclair. Washington avait parié sur une décapitation rapide du régime en assassinant le guide suprême et plusieurs hauts dignitaires, dans l’espoir de provoquer un effondrement du pouvoir et une reddition accélérée. L’entité sioniste, de son côté, voit dans cette escalade une opportunité d’avancer ses pions expansionnistes.
Mais ce calcul se heurte à un écueil de taille : la résilience du système politique iranien, rodé par des décennies d’isolement et de sanctions.
Car Téhéran joue une tout autre partition. Loin de chercher l’affrontement rapide, la République islamique a choisi la stratégie du temps long. « Les Iraniens vivent sous sanctions internationales depuis cinquante ans, ils ont appris à s’adapter », rappelle l’analyste. Leur objectif est simple : faire durer le conflit pour en augmenter inexorablement le coût pour leurs adversaires. Une logique d’usure qui pourrait s’avérer redoutable.
Le détroit d’Ormuz incarne la pièce maîtresse de cette dissuasion économique. Par cette artère stratégique transite près de 20 % des hydrocarbures mondiaux. En menaçant de le fermer, l’Iran actionne un levier sensible qui fait déjà flamber les marchés. « Le prix du pétrole est passé d’environ 75 dollars à plus de 100 dollars », souligne Bassem Laredj, avec des conséquences directes sur l’inflation mondiale et le coût de l’énergie, y compris pour le consommateur américain.
Mais l’extension possible du conflit ne s’arrête pas là. L’analyste esquisse un scénario d’embrasement régional à plusieurs étages. Le Liban est déjà dans la tourmente. Les Houthis pourraient entrer en lice, menaçant directement l’Égypte. La mobilisation des Kurdes risque de déstabiliser la Turquie. Quant aux monarchies du Golfe, prises pour cibles sans avoir été consultées ni impliquées dans la décision de guerre, elles subissent de plein fouet les frappes contre leurs infrastructures énergétiques. Un engrenage dangereux où chaque nouveau protagoniste élargit un peu plus le périmètre du chaos.
Dans ce tableau déjà sombre, l’attitude des Européens ajoute à la perplexité de l’expert. « L’Europe a raté une nouvelle occasion de se démarquer », regrette-t-il. Tandis qu’elle se présente volontiers comme gardienne du droit international, ses réactions face à cette agression flagrante sont restées d’une timidité confondante. Un silence qui pourrait bien, à terme, se retourner contre ses propres intérêts.
Lotfi.A.
L’analyste Bassem Laredj décrypte la riposte iranienne: « Faire durer pour fair mal »
