Après la société civile, place à un autre champ de bataille…. celui des écrans et des réseaux sociaux. Toujours à l’université M’hamed-Bougara de Boumerdès, où se poursuit jusqu’au 20 août la 14e édition de l’université d’été des cadres du Front Polisario et de l’État sahraoui, l’expert et militant politique Hamma El-Mahdi a consacré son intervention de dimanche dernier à un sujet aussi sensible que d’actualité : comment protéger le front intérieur sahraoui d’une guerre qui ne se joue plus sur le terrain, mais dans les fils d’actualité.
Une propagande marocaine à l’ère de l’IA
Pour Hamma El-Mahdi, le Maroc mène depuis des années une guerre psychologique méthodique contre la cause sahraouie, orchestrée à travers ses médias et ses plateformes numériques de propagande.
L’objectif affiché de cette stratégie serait clair : ébranler la résistance du peuple sahraoui et le pousser, à terme, à renoncer à sa lutte.
Cette offensive s’appuie sur des campagnes systématiques visant à discréditer le combat sahraoui et à instiller le découragement au sein de la population.
Plus inquiétant encore selon l’intervenant, le Makhzen aurait fait évoluer ses méthodes avec son temps : création de faux comptes se faisant passer pour des Sahraouis, mobilisation d’influenceurs acquis à la cause de l’occupation, et surtout recours à des outils de manipulation d’images et de vidéos reposant sur l’intelligence artificielle. Une sophistication technologique qui, selon lui, rend la riposte médiatique sahraouie plus urgente que jamais.
Bâtir une riposte médiatique organisée
Face à cette guerre de l’information, Hamma El-Mahdi a salué le rôle déjà joué par les médias nationaux sahraouis, capables selon lui de relayer rapidement la vérité, de gagner la confiance du public par la transparence, et de démonter la désinformation à coups d’enquêtes. Mais il a surtout insisté sur la nécessité de structurer davantage cette riposte, en misant sur l’éducation médiatique des citoyens, la professionnalisation du journalisme sahraoui et la mise en place d’équipes de veille réactives, capables de répondre en temps réel aux campagnes hostiles. Parmi les pistes concrètes avancées, la création de cellules dédiées à la traque des rumeurs et des fausses informations, la formation des journalistes sahraouis à la sécurité numérique, l’intégration de l’éducation aux médias dans les cursus scolaires, ou encore le développement de plateformes officielles capables de produire des contenus numériques attractifs, en plusieurs langues, pour rivaliser avec la propagande adverse. L’intervenant a également plaidé pour un renforcement des passerelles entre médias et monde universitaire, un investissement accru dans le journalisme d’investigation, ainsi que des approches innovantes pour documenter les violations commises par l’occupant, dénoncer le pillage des ressources naturelles sahraouies et rappeler, sur la scène internationale, la dimension juridique et onusienne de la cause.
M. M.
