Hôpitaux bombardés, civils abandonnés: Soudan 33 millions de vies suspendues au fil des négociations

Alors que le Soudan sombre dans l’une des pires crises humanitaires de notre temps, l’ONU tente de jouer les médiatrices. À Nairobi, un envoyé spécial a rencontré l’un des chefs de guerre.
À Khartoum, il a serré la main de l’autre. Les deux camps disent vouloir coopérer. Mais sur le terrain, les bombes continuent de tomber sur les hôpitaux. C’est une petite lueur dans un ciel assombri par dix-huit mois de guerre.
Pekka Haavisto, l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Soudan, a rencontré lundi dernier à Nairobi le chef des Forces de soutien rapide (FSR), Mohamed Hamdan Hemedti.
Quelques jours plus tôt, il s’était entretenu à Khartoum avec le général Abdel Fattah Al-Burhan, commandant de l’armée régulière. Résultat ? Les deux belligérants ont fait preuve d’ouverture.
Selon Stéphane Dujarric, porte-parole de l’ONU, ces consultations «ont constitué une occasion constructive d’échanger des points de vue et d’explorer des pistes concrètes de désescalade et de protection des civils». Mieux : «Toutes les parties prenantes ont exprimé leur volonté de coopérer avec les Nations unies.» Mais l’ONU ne crie pas victoire pour autant. Elle exige des actes, et vite. «Cette dynamique doit se traduire rapidement par des progrès concrets pour mettre fin aux souffrances de tous les Soudanais, une fois pour toutes», a martelé Dujarric.
Pendant que les diplomates s’agitent, la population, elle, meurt. Le Soudan vit aujourd’hui «l’une des crises humanitaires et sanitaires les plus graves au monde».
Le chiffre donne le vertige : 33,7 millions de personnes, plus des deux tiers de la population, ont besoin
d’une aide vitale.
Les structures de santé, censées être des sanctuaires, sont devenues des cibles. Dernier massacre en date : jeudi dernier, dans l’État du Nil Blanc. Un drone a frappé l’hôpital universitaire d’Al-Jabalayn. Bilan : 10 membres du personnel médical et administratif tués, 22 blessés. L’hôpital est hors d’usage.
Quelques jours plus tôt, c’était l’hôpital universitaire d’Al-Daein, au Darfour-Est, qui était pulvérisé par une frappe de drone. Au moins 64 morts – patients, médecins, infirmiers – et 89 blessés.
Pillages d’hôpitaux, violences contre le personnel soignant, attaques systématiques : l’horreur est quotidienne. Depuis le début du conflit, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé plus de 200 attaques contre des services de santé, qui ont fait plus de 2 000 morts.
Face à l’hémorragie, les Nations unies lancent un cri d’alarme.
Le Plan de réponse humanitaire 2026, qui nécessite 2,9 milliards de dollars pour venir en aide à plus de 20 millions de personnes, n’est financé qu’à 16%. Seulement 465 millions de dollars ont été débloqués.
«Le Soudan ne peut pas faire face à cette crise seul», insiste l’ONU, qui appelle à une mobilisation politique et humanitaire décisive.
Malik M.