Gazoduc Nigeria-Algérie: L’APPO place le projet au cœur de sa stratégie énergétique continentale

Il y a des projets qui dépassent la simple ingénierie pour épouser les contours du destin. Le gazoduc transsaharien, cette artère de feu qui reliera un jour le Nigeria à l’Algérie en traversant les immensités désertiques du Niger, est de ceux-là.
Dans un monde où les équilibres vacillent, où les routes maritimes séculaires se bloquent du jour au lendemain, l’Organisation africaine des producteurs de pétrole vient de rappeler avec force que ce serpent d’acier enfoui sous les sables pourrait bien incarner la mue stratégique d’un continent trop longtemps relégué au rang de simple réservoir.
Sur le site de l’institution panafricaine, son secrétaire général Farid Ghezali a posé les mots justes sur cette ambition. À travers un éditorial sobrement intitulé
«L’Afrique : pivot stratégique du nouvel échiquier énergétique», il dessine les contours d’un basculement historique.
Depuis que le détroit d’Ormuz, cette veine jugulaire par laquelle s’écoulent 20% du pétrole mondial et un tiers du gaz naturel liquéfié de la planète, s’est trouvé paralysé par les fracas du Golfe, le vieux monde découvre avec effroi la fragilité de ses approvisionnements. Dix-sept millions de barils par jour suspendus au caprice des canons. Une leçon que l’histoire dispense dans le sang et le feu.
Mais là où certains ne voient que chaos, l’Afrique choisit de lire une opportunité. Ses 715 Tcf de réserves gazières, ses 125 milliards de barils de pétrole ne sont pas une simple manne à extraire : ils sont la clé d’une souveraineté patiemment tissée. Le gazoduc transsaharien, dont la première phase devrait s’éveiller à l’horizon 2029, n’est pas qu’un tuyau traversant le désert. Il est le symbole d’une Afrique qui refuse de demeurer éternellement le ventre mou de l’économie mondiale, la variable d’ajustement des crises des autres. Il incarne la volonté de transformer l’or bleu du sous-sol en levier géopolitique, de faire du Sahara non plus une barrière mais un pont, de relier le Golfe de Guinée à la Méditerranée par une colonne vertébrale énergétique.
Les mots de Farid Ghezali résonnent comme un manifeste : «L’Afrique ne sera pas seulement fournisseur. Elle sera l’architect ». Architecte de sa propre destinée, certes, mais aussi d’un nouvel ordre énergétique mondial où les routes ne seront plus dictées par les seuls caprices des passages maritimes sous tutelle.
Aux côtés du TSGP, les hubs gaziers du Mozambique, du Nigeria et du Sénégal dessinent les mailles d’un filet que le continent tisse patiemment pour rattraper le temps perdu, pour exister enfin dans le grand jeu des nations.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’existence. Dans un monde qui redessine ses cartes à coups de sanctions et de blocus, l’Afrique entend peser de tout le poids de ses richesses enfouies.
Le gazoduc transsaharien, par sa seule promesse, incarne cette renaissance silencieuse qui s’opère loin des projecteurs, dans les bureaux d’études et sur les chantiers où des hommes s’échinent à coudre ensemble les morceaux d’un continent trop longtemps morcelé.
D’ici quelques années, quand le premier filet de gaz bleu traversera le Sahara pour venir lécher les côtes algériennes avant de s’embarquer vers l’Europe, l’Afrique aura gagné une bataille que personne ne lui promettait : celle de sa nécessité.
Et dans l’ombre des dunes, sous le regard éternel des Touaregs qui ont toujours su lire dans le désert les chemins de l’avenir, le serpent d’acier continuera de chanter la mélodie d’un continent qui, enfin, prend sa place à la table du monde.
Samira G.