Fondée sur le respect et la reconnaissance historique: Royal plaide pour une nouvelle relation franco-algérienne

Al’issue d’une visite de plusieurs jours en Algérie, la présidente de l’Association France-Algérie, Ségolène Royal, a dressé un constat clair et engagé : le partenariat bilatéral doit impérativement être refondé sur des bases nouvelles, celles du respect absolu de la souveraineté algérienne et de la reconnaissance des faits historiques. Ses déclarations, faites à Alger, esquissent la voie d’une réconciliation authentique et d’une coopération renouvelée.
Mme Royal a rendu un hommage appuyé au Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, saluant la dynamique de croissance «extraordinaire» qu’il a impulsée, et soulignant l’émergence d’une «Algérie nouvelle, souveraine et non alignée».
Elle a insisté sur l’écart entre cette réalité et la perception persistante, dans certains milieux français, d’une Algérie figée dans le passé. «Certains Français voient encore l’Algérie comme si elle était dans les années 1970. Mais non, c’est un pays qui a énormément évolué», a-t-elle affirmé, citant une croissance économique robuste et le potentiel de sa jeunesse.
Pour la présidente de l’AFA, le dialogue ne peut reprendre que dans un cadre de «considération» mutuelle. Elle a fermement dénoncé les postures politiciennes et les «discours haineux» d’une frange française qui refuse cette souveraineté, freinant ainsi le développement des relations. Ce blocage contraste, selon elle, avec la qualité des partenariats que l’Algérie entretient désormais avec d’autres nations européennes comme l’Italie, l’Espagne ou l’Allemagne, une situation qu’elle qualifie «d’aberrante».
Le dossier de la mémoire coloniale a été au cœur de son plaidoyer. Mme Royal a affirmé avec force que la réconciliation exige une «reconnaissance pleine et entière des faits historiques». Elle a énuméré les gestes concrets et «simples» que la France se doit d’accomplir : la restitution sans conditions des biens culturels (dont ceux de l’émir Abdelkader et le canon d’Alger), de l’intégralité des archives, ainsi que des restes mortuaires des résistants algériens.
«On rend ce qui a été pris, c’est tout», a-t-elle résumé, appelant le Président français, Emmanuel Macron, à agir. Elle a également insisté sur l’urgence de la transmission complète des dossiers relatifs aux essais nucléaires au Sahara, condition essentielle pour la prise en charge des victimes et la décontamination des sites. Elle s’est réjouie de l’adoption récente d’un amendement parlementaire français contraignant le gouvernement à communiquer ces informations sous six mois, y voyant un premier pas significatif. Sur le plan économique, Mme Royal a constaté sur le terrain l’évolution et la diversification des
partenariats algériens.
«L’Algérie ne va pas attendre la France», a-t-elle noté, tout en exprimant son optimisme pour un redémarrage. Elle a annoncé son intention de rendre compte de sa visite au Président Macron pour «l’inciter à agir» et de saisir le président du Medef français pour organiser une mission patronale en Algérie, renouant ainsi un dialogue économique interrompu depuis deux ans.
Concernant l’affaire du journaliste français Christophe Gleizes, Mme Royal a salué l’issue positive de ses démarches. Elle a pu lui rendre visite et a confirmé qu’il se portait bien, tout en reconnaissant la sensibilité de ce dossier. Elle a présenté cette autorisation de visite comme «l’aboutissement d’une visite réussie» et
«un signal important» dans le dialogue entre les deux pays. En conclusion, Ségolène Royal a lancé un avertissement à l’adresse de la France : «attention, un jour ce sera trop tard». Elle a rappelé le rôle stratégique de l’Algérie, «porte ouverte sur le continent africain», et plaidé pour une relation apaisée et tournée vers l’avenir, à condition que la France assume son histoire et reconnaisse pleinement la souveraineté et la nouvelle dynamique de son partenaire algérien .
Razyka.T.