Les révélations explosives secouent actuellement les couloirs des Nations unies. Des échanges électroniques entre diplomates israéliens et hauts fonctionnaires onusiens viennent confirmer ce que beaucoup suspectaient depuis des décennies : une coordination systématique pour atténuer la portée des condamnations internationales concernant les violations commises en Palestine, de la Nakba de 1948 jusqu’aux opérations militaires actuelles dans la bande de Ghaza.
Ces documents, dont l’authenticité est accréditée par plusieurs sources, mettent en lumière les mécanismes discrets mais efficaces par lesquels l’État hébreu parvient à contourner les sanctions et à neutraliser les résolutions qui le visent.
Depuis trois quarts de siècle, la question palestinienne illustre de manière presque caricaturale les limites du multilatéralisme contemporain. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : des dizaines de résolutions du Conseil de sécurité restées lettre morte, des rapports accablants d’experts onusiens systématiquement ignorés, des procédures judiciaires internationales qui s’enlisent dans des considérations procédurales sans jamais aboutir à des condamnations effectives.
Le contraste est saisissant avec la célérité déployée dans d’autres dossiers géopolitiques, où les mécanismes coercitifs se déclenchent avec une rapidité fulgurante dès que certains intérêts sont en jeu.
Cette situation repose sur plusieurs piliers interdépendants qu’il convient d’examiner avec lucidité.
Le premier est évidemment diplomatique : le soutien inconditionnel des États-Unis, qui ont opposé à eux seuls plus de quarante vetos à des résolutions critiquant Israël depuis 1970, paralyse littéralement le Conseil de sécurité et vide de toute substance le principe de responsabilité collective des nations.
Le second est stratégique : l’intégration profonde d’Israël dans les dispositifs militaires, technologiques et économiques occidentaux crée une forme d’interdépendance qui rend toute sanction politiquement et matériellement coûteuse pour ses alliés.
Le troisième, plus subtil mais tout aussi déterminant, est mémoriel : la Shoah a légitimement marqué les consciences occidentales d’une empreinte indélébile, mais cette mémoire, instrumentalisée, sert parfois de bouclier contre toute critique des politiques israéliennes, créant un espace de quasi-immunité morale et politique.
Le récent scandale Epstein, dont on ne mesure pas encore toutes les ramifications, suggère également que d’autres ressorts moins avouables pourraient expliquer cette mansuétude persistante. Des réseaux d’influence, des compromissions croisées entre élites politiques, médiatiques et financières des deux côtés de l’Atlantique contribueraient à verrouiller un système où la vérité juridique et la réalité des souffrances palestiniennes peinent à trouver leur place.
Au-delà des faits immédiats, c’est la crédibilité même de l’architecture multilatérale issue de la Seconde Guerre mondiale qui se trouve interrogée. Comment justifier que certaines violations du droit international entraînent des interventions militaires rapides sous chapitre VII, tandis que d’autres, pourtant documentées avec la même rigueur, ne donnent lieu qu’à des communiqués diplomatiques sans aucune portée contraignante ?
Ce traitement différencié, perçu comme profondément injuste par une large partie de l’opinion mondiale, alimente un ressentiment croissant à l’égard des institutions internationales et nourrit la défiance envers le discours universaliste des puissances occidentales. La distinction fondamentale entre résistance légitime à l’occupation et terrorisme mérite également d’être rappelée avec clarté.
Le droit international, dans ses dispositions les plus établies, reconnaît aux peuples sous domination étrangère le droit de lutter pour leur autodétermination par tous les moyens à leur disposition, dans les limites du droit humanitaire. Qualifier systématiquement de terroriste toute forme de résistance palestinienne, c’est faire abstraction du contexte d’occupation, de colonisation et d’apartheid dans lequel elle s’inscrit.
À l’inverse, les politiques menées par les gouvernements israéliens successifs – bombardements de zones civiles, destruction systématique d’habitations, expansion illégale des colonies, privation d’accès à l’eau, à la santé et à l’éducation – présentent toutes les caractéristiques du terrorisme d’État tel que défini par de nombreux juristes internationaux.
Cela suppose de mettre fin à l’impunité chronique dont bénéficie Israël, de traduire devant la justice les responsables de crimes internationaux, et de reconnaître pleinement les droits nationaux du peuple palestinien.
C’est à ce prix seulement que les institutions multilatérales pourront retrouver leur crédibilité et que la promesse d’un monde plus juste pourra être tenue.
Malik M.
Enquête sur l’impunité structurelle dont bénéficie «Israël» depuis1948:Le deux poids deux mesures de la justice internationale

