Détroit d’Ormuz, pétrole et Liban: La paix suspendue au cessez- le-feu libanais

Ce vendredi, le Pakistan devait servir de cadre à une rencontre inédite entre les délégations iranienne et américaine, dans le cadre d’une tentative de médiation pour apaiser le conflit qui oppose les deux puissances depuis maintenant 42 jours.
Une trêve de quinze jours, arrachée sous la pression internationale, avait été conclue entre les États-Unis et l’Iran, mais elle reste fragile. Alors que les diplomates se préparent à se réunir à Islamabad, l’incertitude demeure quant à la présence réelle des représentants iraniens.
Téhéran a clairement conditionné sa participation aux pourparlers à un cessez-le-feu au Liban.
La raison : les frappes israéliennes contre des cibles liées au Hezbollah et à d’autres factions soutenues par l’Iran se sont intensifiées ces derniers jours, faisant plus de 300 martyrs, selon des sources locales et des organisations humanitaires.
Pour la République islamique, la « résistance » forme un front uni : il ne peut y avoir de paix séparée avec Washington tant que le Liban saigne.
Cette position reflète la doctrine de l’axe de la résistance, chère au guide suprême, et complique toute désescalade régionale.
En attendant une éventuelle avancée diplomatique, le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, est quasiment à l’arrêt.
Les tensions navales se sont accrues après que l’Iran a procédé à des contrôles renforcés, voire à des saisies de navires marchands. Résultat : les compagnies maritimes préfèrent suspendre leurs passages, ce qui a immédiatement répercuté sur les marchés financiers. Dès jeudi, les cours du brut ont repris leur ascension. Ce vendredi, le baril de Brent frôle à nouveau les 100 dollars, un niveau qui inquiète les économies dépendantes des importations énergétiques.
Le président américain, Donald Trump, s’est exprimé jeudi avec une franchise brutale.
Selon lui, Téhéran « ne remplit pas du tout son rôle » en matière de liberté de navigation et de stabilité des marchés pétroliers. Il a exigé que l’Iran cesse immédiatement d’imposer des péages ou des taxes aux navires traversant le détroit, qualifiant ces pratiques d’« actes de piraterie d’État ».
Ces déclarations, bien que fermes, n’ont pour l’instant été accompagnées d’aucune menace militaire directe, la Maison-Blanche privilégiant encore la voie diplomatique pakistanaise.

Mojtaba Khamenei : «une nouvelle phase» pour le détroit
Du côté iranien, la réponse n’a pas tardé. Le guide suprême, Mojtaba Khamenei, a averti que la gestion du détroit d’Ormuz allait entrer dans une « nouvelle phase ». Sans détailler cette expression, les analystes y voient la possibilité de patrouilles conjointes avec des alliés régionaux, de restrictions unilatérales d’accès pour les navires à destination d’Israël ou de pays soutenant les frappes au Liban, voire la menace d’une fermeture pure et simple du détroit en cas d’escalade. Khamenei a réaffirmé que l’Iran « ne cherche pas la guerre », tout en prévenant : « Nous ne renoncerons pas à nos droits. » Il a également insisté sur l’unité de tous les « fronts de la résistance », du Liban à la Syrie, en passant par le Yémen et l’Irak.

Enjeux et perspectives : le Pakistan sous pression
Le Pakistan, hôte de ces pourparlers, joue un rôle d’intermédiaire risqué. Allié traditionnel des États-Unis mais proche de l’Iran et soucieux de sa propre stabilité, Islamabad tente d’éviter un embrasement généralisé qui pourrait déstabiliser toute la région. La communauté internationale, de son côté, observe avec anxiété la double équation : convaincre Téhéran de venir négocier sans obtenir au préalable un cessez-le-feu libanais que Washington ne maîtrise qu’indirectement, tout en évitant une flambée des prix du pétrole qui menacerait la reprise économique mondiale.
Les prochaines heures seront décisives. Si les Iraniens se rendent à Islamabad, la trêve de quinze jours pourra peut-être être consolidée.
Dans le cas contraire, le détroit d’Ormuz restera paralysé, les cours pétroliers continueront de grimper, et le Liban paiera un tribut toujours plus lourd à une guerre qui n’est pas la sienne.
Une chose est sûre : aucun des deux camps ne veut la guerre, mais chacun semble avoir sa propre définition de la paix. Et celle-ci, pour l’heure, ne passe pas par les mêmes couloirs.
Malik.M.