Le douloureux dossier des Algériens déportés en Nouvelle-Calédonie refait surface avec force, grâce à une longue vidéo du youtubeur Mehdi Chatah. En proposant une approche humaine et émouvante, ce travail de plus d’une heure a remis en lumière la souffrance des descendants des exilés, leur attachement indéfectible à la mère patrie, et a rouvert une page essentielle de la mémoire nationale.
Ce sujet, bien que déjà évoqué par les médias, n’avait jamais été porté avec une telle intensité
émotionnelle. Il a immédiatement relancé le débat sur la reconnaissance officielle d’un des épisodes les plus sombres de la colonisation française : la déportation systématique de résistants algériens au XIXe siècle vers ce lointain archipel du Pacifique.
Une interpellation parlementaire décisive
Le député Abdelwahab Yaakoubi a adressé, le 7 mars dernier, une question écrite au ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf. Il y rappelait que la déportation forcée des Algériens en Nouvelle-Calédonie reste l’un des dossiers les plus douloureux encore dépourvus de reconnaissance officielle et de prise en charge institutionnelle. Il a souligné le caractère systématique de la répression coloniale française contre les résistants algériens. Selon lui, les estimations non officielles dépassent largement les chiffres avancés par les sources officielles.
Aujourd’hui, plus de 15 000 descendants de ces déportés vivent en Nouvelle-Calédonie, sans représentation consulaire de proximité ni programme officiel d’intégration dans la mémoire nationale.
Le député a insisté : l’ouverture de ce dossier est un devoir historique, humain et moral envers les victimes et leurs familles, pour transmettre aux générations futures l’histoire complète de la résistance nationale.
La réponse d’Ahmed Attaf :Une vision globale au service de l’Algérie
Dans sa réponse du 12 avril, le ministre des Affaires étrangères a affirmé que l’État algérien accorde une attention particulière à la mémoire nationale dans toutes ses dimensions, y compris pour la communauté algérienne établie à l’étranger, considérée comme une composante essentielle de la nation.
Il a précisé que le dossier des descendants des
déportés de Nouvelle-Calédonie, et d’autres régions du monde, occupe une place de choix en raison de ses profondes dimensions historiques et humaines, en hommage aux sacrifices des ancêtres.
Ce dossier s’inscrit dans les efforts continus de l’État pour renforcer le lien entre la diaspora et la patrie, consolider la mémoire collective et nourrir l’identité nationale, en particulier chez les jeunes générations.
Le ministre a rappelé l’approche globale, historique, humaine et institutionnelle adoptée par l’Algérie pour traiter ce dossier et en valoriser toutes les facettes. Il a cité l’inauguration, le 5 juillet 2021 à Alger, d’une stèle commémorative dédiée aux déportés de Nouvelle-Calédonie, en présence des autorités nationales, un geste fort qui ancre cette mémoire dans l’espace public algérien.
Des avancées concrètes pour la diaspora
Ahmed Attaf a également annoncé que des efforts sont en cours pour renforcer les liens avec les descendants, notamment par leur participation aux événements nationaux liés à la mémoire et par l’accueil de délégations lors des fêtes nationales.
Sur le plan consulaire, des facilités ont été mises en place : les membres de cette communauté peuvent désormais bénéficier des services de l’ambassade d’Algérie en Australie, évitant ainsi de longs déplacements jusqu’au consulat général à Paris.
La modernisation et la numérisation des services consulaires permettront à l’avenir un accès encore plus large à distance.
Un enjeu de souveraineté mémorielle
Le député Abdelwahab Yaakoubi a réagi en estimant que ce dossier ne saurait se satisfaire de simples rappels symboliques ou de commémorations. Il réclame une décision courageuse et une véritable volonté politique. Il a martelé : «La mémoire n’est pas un simple passé. Nous ne parlons pas de migrants, mais bien de déportés.» Pour l’Algérie, ce dossier dépasse la simple réparation morale. Il s’agit d’un acte de souveraineté : écrire sa propre histoire, reconnaître ses martyrs où qu’ils se trouvent, et faire de cette mémoire un ciment national. En prenant en charge ce douloureux héritage, l’Algérie affirme sa continuité historique, honore la résistance de ses ancêtres et renforce le lien indestructible avec tous ses enfants, y compris les plus éloignés. C’est une victoire silencieuse mais essentielle pour la construction d’une nation unie, fière et tournée vers l’avenir.
Farid B.
