Crimes du colonialisme en Afrique: L’Algérie accueille la Conférence internationale

L’Algérie s’apprête à tenir un événement continental d’une portée historique : la Conférence internationale sur les crimes du colonialisme en Afrique qui se déroulera dimanche et lundi prochains.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du thème de l’année 2025 de l’Union africaine – «Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations» – et revêt une signification particulière pour l’Algérie. Le pays, ayant enduré 132 ans de colonialisme français, continue d’attendre une reconnaissance pleine et entière de ses souffrances et un pardon de la France qui tarde à venir.

Une initiative algérienne à portée continentale
La conférence fait suite à la décision adoptée lors du sommet de l’Union africaine en février 2025, qui a entériné la proposition du président Abdelmadjid Tebboune d’organiser cet événement majeur sur le sol algérien. Ce choix témoigne de la position particulière qu’occupe l’Algérie dans le combat pour la mémoire et la justice historique.
Ayant subi une entreprise de dépersonnalisation culturelle, d’expropriation territoriale et de violence systémique, le pays entend aujourd’hui mettre son expérience douloureuse au service d’une cause panafricaine.
La conférence représentera ainsi une plateforme unique pour consolider une position africaine unifiée concernant les réparations, la restitution du patrimoine et la préservation de la mémoire collective.

Les dimensions multiples des crimes coloniaux
Les travaux de la conférence aborderont l’ensemble des aspects des crimes coloniaux selon une approche multidimensionnelle qui inclut les dimensions humaines avec les traumatismes intergénérationnels et les séquelles psychologiques persistantes. Seront également examinées la spoliation et la destruction systématique du patrimoine culturel africain, l’exploitation économique des ressources et l’imposition de modèles économiques déséquilibrés, ainsi que les impacts environnementaux dont les essais nucléaires français effectués dans le Sahara algérien. Les voies juridiques pour renforcer la criminalisation du colonialisme constitueront un autre axe majeur de réflexion.

L’Algérie et l’attente d’une reconnaissance française
Dans ce contexte, la position de la France reste un enjeu crucial pour l’Algérie. Malgré quelques gestes symboliques, la reconnaissance officielle des crimes coloniaux et la demande de pardon tant attendue ne sont toujours pas venues.
La conférence représente donc une opportunité stratégique pour l’Algérie de porter sa voix et ses revendications sur la scène internationale, avec le soutien de l’ensemble du continent africain.
Les participants, incluant ministres, juristes, historiens et experts de l’Afrique et des Caraïbes, travailleront à l’élaboration de mécanismes concrets pour obtenir réparation et établir un cadre juridique contraignant.

La «Déclaration d’Alger» : vers une stratégie africaine unifiée
L’un des résultats les plus attendus de cette conférence est l’adoption de la «Déclaration d’Alger», qui devrait constituer une référence continentale pour la codification des crimes coloniaux.
Ce document stratégique, qui sera soumis au sommet de l’UA de février 2026 pour adoption, marquera une étape décisive dans le long combat pour la justice historique. Pour l’Algérie, cette conférence représente bien plus qu’un simple événement diplomatique. Il s’agit d’une occasion unique d’honorer la mémoire des millions de victimes du colonialisme et d’affirmer son leadership continental dans le combat pour la justice mémorielle, tout en poursuivant sa quête légitime de reconnaissance et de réparation auprès de l’ancienne puissance coloniale française.
La tenue de cette conférence en Algérie souligne la persistance des séquelles du colonialisme et l’urgence d’un travail de vérité et de réconciliation qui passe nécessairement par la reconnaissance des crimes commis et l’établissement de mécanismes de justice transitionnelle adaptés au contexte africain .
Farid B.