La mobilisation autour du dépistage précoce du cancer du sein connaît une avancée significative en Algérie, portée par une coordination renforcée entre les institutions publiques, les professionnels de santé et les acteurs de la société civile. Cette dynamique collective s’inscrit dans une démarche globale visant à ancrer la culture de la prévention, à briser les tabous et à garantir une prise en charge rapide et humaine des patientes.
La sénologue Dr Amina Abdelouahab, dans une déclaration à l’APS, souligne une évolution notable des mentalités : «La gêne à consulter, longtemps alimentée par la pudeur ou la peur, recule progressivement.» Elle rappelle que le dépistage, recommandé dès 40 ans pour les femmes asymptomatiques, permet de détecter la maladie à un stade précoce, avec un taux de guérison pouvant atteindre 99%, évitant ainsi les traitements lourds comme la chimiothérapie ou les interventions chirurgicales complexes.
Elle insiste également sur la vigilance des femmes de moins de 40 ans, les invitant à surveiller régulièrement leur état de santé, notamment en cas d’antécédents familiaux ou de symptômes inhabituels.
La directrice du Centre de recherche et d’applications psychologiques (CRAP), Samira Fekrache, rappelle que le traitement médical ne peut être dissocié d’un accompagnement psychologique solide. Elle dénonce la tendance sociale à dissimuler le diagnostic, une attitude qui, selon elle, «fragilise la patiente et affecte son moral».
La spécialiste décrit les étapes émotionnelles traversées par les malades : choc, déni, difficulté à accepter les changements physiques. Elle appelle à un soutien constant, à la fois familial et médical, et insiste sur la nécessité pour les médecins d’expliquer clairement la maladie, son évolution et les risques de récidive. «Une volonté forte et un bon moral, soutenus par un accompagnement psychologique et social, sont des facteurs déterminants pour surmonter cette épreuve», conclut-elle.
Des caravanes de dépistage pour aller vers les femmes
La directrice de l’Association El-Amel, Souria Ben Bouras, salue les progrès réalisés ces dernières années grâce à des campagnes de sensibilisation continues. Son association, en partenariat avec d’autres acteurs de la société civile, organise des caravanes médicales pluridisciplinaires dans plusieurs régions du pays, comme récemment dans la wilaya d’Illizi, où des services de dépistage gratuit et de sensibilisation ont été proposés.
Dans le cadre du mois d’Octobre Rose, El-Amel prévoit une série d’activités : conférences, ateliers pour le corps médical, interventions médiatiques, et dépistages gratuits.
«Il faut saisir cette occasion pour éclairer les consciences, briser le mur de la peur et ancrer durablement la culture du dépistage précoce», affirme Mme Ben Bouras.
En Algérie, la lutte contre le cancer du sein ne se limite plus aux murs des hôpitaux. Elle s’étend aux quartiers, aux écoles, aux médias, portée par des femmes, des médecins, des associations, et surtout par une volonté commune : sauver des vies par la connaissance, le dialogue et la solidarité .
Farid B.
