Alors que le monde retient son souffle face à l’escalade militaire régionale, une guerre silencieuse mais tout aussi violente se poursuit contre le cœur battant de la Palestine. Pour le cinquième jour consécutif, les forces d’occupation israéliennes maintiennent la fermeture totale de la mosquée Al-Aqsa, privant des milliers de fidèles de l’accès à leur lieu saint durant le mois sacré du Ramadhan. Depuis l’aube de samedi dernier, l’oppression s’est abattue sur la vieille ville d’Al-Qods.
Selon l’agence de presse palestinienne Wafa, l’occupation a imposé un blocus humiliant autour de l’Esplanade. Les forces spéciales israéliennes sont déployées en nombre à toutes les portes de la vieille ville, contrôlant chaque entrée et refoulant systématiquement les Palestiniens, jeunes et vieux, qui tentaient de rejoindre la mosquée pour la prière .
Les scènes de désolation se répètent chaque matin : des familles entières, venant de Jérusalem-Est, de Cisjordanie ou des villes arabes de l’intérieur, se heurtent à des barrages militaires infranchissables. Les sirènes et les annonces militaires scandant «zone militaire fermée» ont remplacé l’appel à la prière pour des milliers de croyants.
Le gouverneurat d’Al-Qods a dénoncé une mesure sans précédent : non seulement l’entrée est interdite, mais les fidèles qui se trouvaient déjà à l’intérieur samedi matin ont été violemment expulsés par les forces d’occupation. Depuis, les prières d’Al-Icha (la nuit) et d’At-Tarawih, prières surérogatoires du Ramadhan, sont tout simplement annulées pour la première fois depuis des décennies dans des circonstances similaires.
La fermeture d’Al-Aqsa pendant le Ramadhan est vécue comme une double peine par la communauté palestinienne. Le mois sacré est traditionnellement un moment de ferveur et de rassemblement, où des centaines de milliers de fidèles affluent vers la troisième ville sainte de l’Islam. Cette année, l’esplanade de 144 hectares, qui peut accueillir plus de 400 000 fidèles, est déserte, transformée en poste militaire avancé.
Les images des Palestiniens priant dans les ruelles adjacentes, le front contre le sol face aux soldats israéliens, font le tour des réseaux sociaux, symbole d’une résistance spirituelle face à la tentative d’effacement. Cette agression contre le lieu saint n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans un cadre plus large de répression. L’armée d’occupation a officiellement annoncé un bouclage total de la Cisjordanie occupée, invoquant officiellement «l’état de sécurité» suite aux frappes israélo-américaines contre l’Iran.
Ce bouclage, qui dure depuis samedi dernier, signifie la fermeture de tous les checkpoints entre les villes palestiniennes, l’interdiction pour les travailleurs palestiniens de se rendre en Israël ou dans les colonies et l’impossibilité d’accéder à Al-Qods pour les Palestiniens de Cisjordanie, les coupant non seulement d’Al-Aqsa mais aussi de leurs hôpitaux et de leurs familles.
Le lien est désormais clair : l’occupation utilise le contexte régional tendu (les frappes sur l’Iran) comme un paravent pour intensifier sa politique de colonisation et de confinement du peuple palestinien.
Dans un geste de provocation supplémentaire, les autorités d’occupation ont également fermé pour le cinquième jour consécutif le sanctuaire d’Ibrahim (Tombeau des Patriarches) à Hébron .
Ce lieu, vénéré par les musulmans et les juifs, est un symbole de la cohabitation forcée sous occupation. Sa fermeture totale aux musulmans durant le Ramadhan est perçue comme une volonté délibérée d’effacer la présence palestinienne de tous les sites stratégiques de Cisjordanie.
Face à cette situation, les réactions palestiniennes ne se sont pas fait attendre. Majed Abu Qutaish, un dirigeant du Hamas, a qualifié cette fermeture prolongée de véritable «guerre religieuse».
«L’agression contre Al-Aqsa et l’empêchement des fidèles d’y accomplir leurs rites pendant le Ramadhan constituent une guerre contre la liberté de culte, la sainteté de la mosquée et les rituels des musulmans», a-t-il déclaré.
Il a mis en garde contre les politiques systématiques de l’occupation, qui visent selon lui à «imposer une nouvelle réalité» à Al-Aqsa et à «consolider un contrôle total» sous des prétextes sécuritaires.
Abu Qutaish a appelé la nation arabe et islamique à assumer ses responsabilités pour défendre la première Qibla, tandis que le peuple palestinien est appelé à renforcer son attachement à son droit de prier à Al-Aqsa.
Alors que les projecteurs sont braqués sur les missiles et les porte-avions dans le Golfe, l’occupation poursuit son entreprise de sape des lieux saints et d’étouffement du peuple palestinien. La fermeture d’Al-Aqsa pour le cinquième jour consécutif n’est pas une simple mesure de sécurité : c’est une tentative de vider Jérusalem de son âme arabe et islamique.
Ce cinquième jour marque une étape dangereuse. Si la communauté internationale reste silencieuse, le risque est grand que ces «mesures temporaires» deviennent la nouvelle norme, achevant ainsi ce que des décennies d’occupation n’ont pas réussi à faire : couper le peuple palestinien de sa mosquée.
Le monde regarde ailleurs, mais à Al-Qods et Hébron, les Palestiniens jeûnent dans l’ombre des soldats.
Malik M.
Al-Aqsa sous botte: Cinquième jour de fermeture, la Palestine étouffe
