Le 2 avril dernier, la députée européenne Rima Hassan, figure du parti La France insoumise et militante infatigable de la cause palestinienne, a été placée en garde à vue par la police française pour « apologie du terrorisme ». Très vite, des fuites anonymes ont alimenté les médias, heure par heure, jusqu’à révéler que la parlementaire d’origine palestinienne aurait été trouvée en possession de stupéfiants dans son sac. L’affaire prenait alors une tournure spectaculaire.
Mais les jours suivants ont démenti cette version. Rima Hassan, devenue la cible privilégiée de la droite et de l’extrême droite françaises, ainsi que d’une partie des médias, s’est défendue dès sa sortie de garde à vue : aucun stupéfiant, seulement un médicament à base de CBD, vendu librement en pharmacie. Pourtant, certains journaux avaient déjà affirmé, sans preuve, avoir saisi de la drogue « transformée », voire du cannabis « traité », dans son sac à main.
Une enquête a été ouverte. Et ce vendredi, la décision est tombée : le parquet a rendu un non-lieu. Me Vincent Bingart, avocat de l’eurodéputée, a confirmé que la procédure était classée sans suite, faute d’éléments retenus contre elle. Pourquoi parler de scandale d’État ? Parce que les révélations du Canard enchaîné, publiées avant hier, changent la donne. L’hebdomadaire satirique a établi que les fuites médiatiques du jour de la garde à vue provenaient de Sas(a) Strauss-Kahn, le porte-parole du ministère de la Justice. Selon l’enquête, ce haut fonctionnaire n’aurait pas agi seul : il a diffusé des informations erronées sur les prétendus stupéfiants, avec la bénédiction tacite de son supérieur direct, le ministre Gérald Darmanin.Interrogé hier à l’Assemblée nationale, Darmanin a persisté en affirmant que des drogues avaient bien été saisies. Il n’a pas annoncé d’enquête interne, mais a préféré attaquer le député insoumis Thomas Portes, accusé d’avoir publié le nom du porte-parole sur X. Une manière habile de détourner l’attention du fond de l’affaire. La question qui fâche : pourquoi aucun grand média français ne s’empare de ce qui ressemble à une machination d’État ? Peut-être parce que la cible est une députée palestinienne, et que les accusations d’antisémitisme, dès qu’elles apparaissent, paralysent toute investigation. Pourtant, tous les ingrédients d’un scandale institutionnel sont réunis : fuites orientées, mensonges relayés, ministre complaisant, et une innocente sacrifiée sur l’autel de la raison d’État.
M.M.
Affaire Rima Hassan: Une députée européenne piégée, un scandale d’État qui dérange

