Affaire Saâda Arbane:La prison ferme pour Kamel Daoud

L’écrivain Kamel Daoud a bel et bien exploité l’histoire de la victime du terrorisme Saâda Arbane.
Le verdict a été rendu dans cette affaire par le tribunal d’Oran, condamnant l’auteur de Houris à 3 ans de prison ferme et une amende de 5 millions de DA.
L’écrivain franco-algérien, visé par des mandats d’arrêt internationaux émis par la justice algérienne, ne s’est pas présenté au procès.
Il a été condamné par contumace. Celui qui a donc voulu construire sa gloire sur les malheurs d’une femme dont la vie et l’histoire ont bouleversé le monde lorsqu’elle sorta de son mutisme, vient d’être démasqué une deuxième fois, par une sentence de la justice qui approuve les arguments de la plaignante.
Tube respiratoire fixé à son cou marqué par des cicatrices d’égorgement, silencieuse, lorsque Saâda Arbane se présenta devant les caméras lors d’une conférence de presse à Alger, en novembre 2024, le monde entier a été choqué.
Pour son histoire qui se déroule durant les années 1990, la jeune Arbane a été égorgée dans un carnage ciblant son village isolé à Tiaret, alors qu’elle n’avait que 6 ans. Ses parents et sa sœur ont été assassinés, alors que sa belle-sœur a été kidnappée.
Mais le miracle est arrivé lors de l’enterrement où l’on a découvert que la petite Saâda respirait encore. Transférée en urgence à l’hôpital pour une prise en charge médicale, elle sera suivie au niveau de l’unité de soins intensifs, dirigée à l’époque par Pr Mentouri, famille de l’ancien ministre de la Santé qui finira par
l’adopter et lui offrir tous les soins nécessaires même à l’étranger. Dans cette histoire touchante et douloureuse, l’écrivain devenu «Prix Goncourt» en a vu une opportunité. Et c’est lorsque la jeune femme suivait des séances chez une psychologue qui se trouve être la femme de Kamel Daoud, que son dossier fut utilisé. Pourtant, Arbane avait bien expliqué lors d’une rencontre qu’il n’est pas question de raconter son histoire. Un refus et un droit qui n’a pas été respecté par Kamel Daoud et sa femme poursuivie dans l’affaire pour «complicité» et violation de secret médical.
Pour l’avocate de la plaignante, Me Fatma Zohra Benbrahem, l’écrivain «a étranglé la voix de Saâda dans sa gorge et l’a meurtrie de nouveau. Il lui a volé sa vie, son histoire, sa douleur et l’a laissée sans vie». «L’éthique veut qu’on ne puisse construire sa gloire sur le malheur des faibles. Kamel Daoud a construit sa gloire sur le malheur de Saâda. Il a attenté à sa dignité, à sa vie privée et à son intimité», avait-elle accusé.
Quoi qu’il en soit, la condamnation de Kamel Daoud confirme en outre l’application de la loi dans toute sa rigueur puisque l’accusé tombe sous le coup de l’article 46 de la charte pour la paix et la réconciliation nationale.
«Est puni d’un emprisonnement de trois ans à cinq ans et d’une amende de 250 000 DA à 500 000 DA,
quiconque qui, par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale, pour porter atteinte aux institutions, fragiliser l’État, nuire à l’honorabilité de ses agents qui l’ont dignement servi, ou ternir l’image de l’Algérie sur le plan international. Les poursuites pénales sont engagées d’office par le ministère public.
En cas de récidive, la peine prévue au présent article est portée au double», stipule l’article.
Farid B.