Dans une avancée décisive pour l’un des plus ambitieux projets énergétiques du continent, l’Algérie engage des discussions opérationnelles à Niamey pour matérialiser le rêve d’un corridor gazier reliant le Nigeria à l’Europe.
C’est un pas de géant qui vient d’être franchi dans la longue marche du gazoduc transsaharien. Le groupe Sonatrach a dépêché une équipe technique à Niamey, intégrée à une délégation élargie comprenant des représentants du ministère des Hydrocarbures et des Mines, avec pour mission de collecter les données cruciales relatives au tracé de cet ouvrage stratégique sur le territoire nigérien. Une annonce faite mardi dernier par un communiqué du groupe, qui marque le passage concret de ce projet pharaonique de l’ère des études à celle de l’action terrain.
Cette mission ne doit rien au hasard. Elle répond directement aux orientations du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, qui a donné l’impulsion décisive pour le lancement effectif de la réalisation du projet dans sa composante nigérienne.
En choisissant d’activer ce levier diplomatique et technique, le chef de l’État réaffirme sa vision d’une Algérie pivot énergétique du continent, capable de tisser des partenariats structurants bien au-delà de ses frontières.
Le travail qui attend les experts algériens sur place est d’une ampleur considérable. L’équipe est chargée d’examiner minutieusement le cadre légal et réglementaire nigérien, un prérequis indispensable avant d’envisager le moindre coup de pioche. Seront passés au crible les dispositions relatives à la pose de canalisations, les études règlementaires obligatoires – étude de danger (EDD) et étude d’impact environnemental (EIE) – ainsi que l’ensemble des permis et autorisations de construction spécifiques à ce type d’infrastructure géante.
Le programme des discussions, d’une densité technique évidente, prévoit des rencontres approfondies avec les responsables de la Société nigérienne du pétrole (SONIDEP) et ceux du ministère nigérien du Pétrole.
L’objectif est clair : examiner conjointement les premières étapes opérationnelles pour réaliser les études du tracé, en intégrant les résultats préliminaires de l’étude de faisabilité déjà élaborée par le consultant PENPSEN.
Une approche collaborative qui témoigne de la volonté algérienne de faire de ce projet une œuvre commune, respectueuse des intérêts de chaque pays traversé.
Cette phase de collecte d’informations constitue bien plus qu’une simple formalité administrative.
Elle représente le prélude indispensable à deux étapes cruciales : les études détaillées du tracé d’une part, et le lancement effectif de la construction du gazoduc d’autre part.
Selon les informations communiquées, la phase opérationnelle du projet reliant le Nigeria, le Niger et l’Algérie sera officiellement lancée à l’issue du mois de Ramadhan 2026, avec une mobilisation totale de Sonatrach pour en assurer la mise en œuvre, conformément aux instructions présidentielles.
Au-delà des aspects purement techniques, cette initiative porte une charge symbolique et géopolitique lourde de sens. Elle traduit l’engagement ferme de l’Algérie à concrétiser ce projet qui s’inscrit dans le cadre de la consolidation des partenariats stratégiques avec les pays africains et de la promotion de la coopération Sud-Sud. Dans un contexte mondial de recomposition des routes énergétiques, le gazoduc transsaharien apparaît comme une alternative crédible et souveraine, capable d’acheminer le gaz nigérian vers les marchés européens en traversant le Sahara. Cette démarche reflète également la volonté de l’État algérien de renforcer la présence de Sonatrach sur la scène énergétique continentale, confirmant le rôle majeur que le groupe entend jouer dans l’intégration régionale. Alors que les grandes puissances multiplient les offensives diplomatiques pour sécuriser leurs approvisionnements, l’Algérie avance ses pions avec méthode, transformant un projet centenaire en réalité tangible. Le chemin reste long, mais avec cette mission technique à Niamey, le gazoduc transsaharien vient de prendre une dimension nouvelle : celle d’un chantier désormais irréversible.
Samira G
Gazoduc transsaharien: Sonatrach passe à l’offensive technique sur le terrain nigérien
