Agadir: Une nouvelle mort maternelle ravive la colère contre un système de santé à bout de souffle

Le drame s’est répété. Hier mercredi 8 octobre, une femme enceinte transférée en urgence depuis Biougra est décédée à l’hôpital régional Hassan II d’Agadir, après une tentative de césarienne. Ce centre hospitalier, désormais surnommé par les habitants «l’hôpital de la mort», cristallise les critiques et les colères populaires face à une série de décès tragiques survenus ces dernières semaines.
Selon des sources médicales relayées par plusieurs médias, la patiente n’a pas survécu à son passage en salle de réanimation, faute de prise en charge adéquate. Ce nouveau décès s’ajoute à celui de huit autres femmes enceintes, mortes dans des circonstances similaires en septembre, révélant une crise profonde du système hospitalier marocain.
À l’origine de cette situation, des décisions administratives jugées précipitées.
Le ministre de la Santé, Amine Tahraoui, avait ordonné la suspension de plusieurs professionnels de santé, anesthésistes, gynécologues, sage-femmes et infirmiers spécialisés — sans prévoir de solutions de remplacement. Résultat : une pénurie critique de compétences, notamment en anesthésie, discipline vitale pour les interventions chirurgicales comme les césariennes.Les conséquences sont dramatiques.
La rupture des protocoles médicaux, le manque de personnel qualifié et l’absence de coordination ont plongé l’hôpital dans une situation de vulnérabilité extrême. Les syndicats et les professionnels dénoncent une gestion punitive qui masque les défaillances structurelles : sous-financement chronique, manque d’équipements, absence de vision stratégique. Face à cette série noire, le malaise populaire s’amplifie. Des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes du royaume, portées notamment par le collectif GenZ 212, qui réclame des réformes urgentes dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Le mouvement, dont les organisateurs restent anonymes, a appelé à la destitution du gouvernement d’Aziz Akhannouch, accusé de négliger les services publics essentiels au profit de projets d’infrastructure liés à des compétitions sportives comme la CAN et le Mondial 2030.
Trois morts ont déjà été recensés dans le cadre de ces protestations. Et la colère ne faiblit pas. Pour de nombreux Marocains, la santé publique ne peut plus être reléguée au second plan. Le décès de cette nouvelle patiente n’est pas un accident isolé : il est le symptôme d’un système à bout de souffle, où les décisions politiques mal calibrées peuvent coûter des vies.
Ce drame interpelle. Il exige des réponses. Et surtout, il rappelle que derrière chaque statistique, il y a une vie fauchée, une famille brisée, et une société qui réclame justice et dignité .
Sabrina G.