Crise avec la France, relations avec les USA et la Chine, situation au Sahel…Les vérités de Tebboune

Le Président de la république, Abdelmadjid Tebboune s’est exprimé dans une longue interview accordée au journal français L’Opinion sur plusieurs questions d’actualité nationale. La crise entre l’Algérie et la France est évidemment celle qui a retenu le plus l’attention.
Le Président Tebboune a affirmé qu’il avait prévenu son homologue français, Emmanuel Macron, sur la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental. « Vous faites une grave erreur! Vous n’allez rien gagner et vous allez perdre », a dit M. Tebboune à Macron le 13 juin dernier en marge du sommet du
G7 en Italie. Le chef de l’Etat a expliqué qu’avec la France, « le climat est délétère, nous perdons du temps avec le président (Emmanuel) Macron. Nous avions beaucoup d’espoirs de dépasser le contentieux mémoriel. C’est pour cela que nous avons créé, à mon initiative une commission mixte pour écrire cette histoire qui nous fait encore mal ». « Et pour dépolitiser ce dossier, j’ai même reçu deux fois l’historien Benjamin Stora (qui) a toute mon estime et réalise un travail sérieux avec ses collègues français et algériens sur la base des différentes archives, bien que j’aie déploré que l’on n’aille pas assez au fond des choses », a-t-il souligné. Il a ajouté que « le dialogue politique est quasiment interrompu », évoquant les « déclarations hostiles tous les jours de politiques français, comme celles du député de Nice, Eric Ciotti, ou du membre du Rassemblement national (Jordan Bardella) ».
Et de poursuivre: « Et ces personnes aspirent un jour à diriger la France. Personnellement, je distingue la majorité des Français de la minorité de ses forces rétrogrades et je n’insulterai jamais votre pays ».
Dans le même contexte, le président de la République s’est « interrogé sur la manière dont Mme Le Pen va s’y prendre si elle parvient au pouvoir: veut-elle une nouvelle rafle du Vel d’Hiv et parquer tous les Algériens avant de les déporter ?». Interrogé sur sa disposition « à reprendre le dialogue à condition qu’il y ait des déclarations politiques fortes », le président de la République a répondu: « Tout à fait. Ce n’est pas à moi de les faire. Pour moi, la République française, c’est d’abord son Président ». « Il y a des intellectuels et des hommes politiques que nous respectons en France comme Jean-Pierre Chevènement, Jean-Pierre Raffarin, Ségolène Royal et Dominique de Villepin, qui a bonne presse dans tout le monde arabe, parce qu’il représente une certaine France qui avait son poids », a-t-il relevé.

La France doit assumer ses responsabilités
Il a ajouté qu' »il faut aussi qu’ils puissent s’exprimer. Et ne pas laisser ceux qui se disent journalistes leur couper la parole et les humilier, particulièrement dans les médias de Vincent Bolloré dont la mission quotidienne est de détruire l’image de l’Algérie ». « Nous n’avons aucun problème avec les autres médias, qu’ils soient du secteur public ou privé », a assuré le président de la République.
Par ailleurs, à une question sur la dénonciation des accords de 1968 de la part de plusieurs politiques français, le président de la République a estimé qu’il s’agit d' »une question de principe ».
« Je ne peux pas marcher avec toutes les lubies. Pourquoi annuler ce texte qui a été révisé en 1985, 1994 et 2001 », s’est-il interrogé. Il a précisé à ce propos, que « certains politiciens prennent le prétexte de la remise en cause des accords pour s’attaquer à ces accords d’Evian qui ont régi nos relations à la fin de la guerre. Ces accords de 1968 sont une coquille vide qui permet le ralliement de tous les extrémistes comme du temps de Pierre Poujade ». Interrogé sur « l’influence de l’Algérie à la Grande Mosquée de Paris », le président de la République a expliqué que « l’Etat algérien n’a pas voulu laisser des associations douteuses faire de l’entrisme à la Grande Mosquée et a toujours pris en charge son entretien ».
Il a ajouté dans le même sillage que « la Grande mosquée n’est pas une officine » et que « le recteur actuel, Chems-Eddine Hafiz, a été choisi de manière concertée avec son prédécesseur, Dalil Boubakeur, et l’Etat français ». A propos des réparations relatives aux explosions nucléaires et à l’utilisation d’armes chimiques par la France dans le Sud de l’Algérie, il a affirmé que c’est un sujet indispensable pour la reprise de la coopération bilatérale, appelant à régler définitivement ces contentieux. « C’est indispensable.
Le dossier de la décontamination des sites d’essais nucléaires est obligatoire sur les plans humain, moral, politique et militaire. Nous pouvions le faire avec les Américains, les Russes, les Indonésiens, les Chinois. Nous estimons que l’Algérie doit le faire avec la France qui doit nous dire avec précision les périmètres où ces essais ont été réalisés et où les matériaux sont enterrés », a-t-il précisé.
Il a indiqué dans le même cadre, qu' »il y a aussi la question des armes chimiques utilisées à Oued Namous ». Rappelant avoir entamé sa carrière de fonctionnaire à Béchar, il a affirmé à ce sujet, qu' »au tout début des années 1970, pratiquement toutes les semaines, nous avions des plaintes d’éleveurs relatives à la mort de leurs bêtes », mettant l’accent sur le fait qu' »il ne faut pas mettre la poussière sous le tapis et régler définitivement ces contentieux ».

Les bonnes relations avec Washington et Pékin
Interrogé sur les relations entre l’Algérie et les USA, M. Tebboune a souligné que « nos relations sont restées bonnes avec tous les différents présidents américains, qu’ils soient démocrates ou républicains ». « C’était déjà le cas lors du premier mandat de Donald Trump. Lorsque j’ai été élu en 2019, il m’a envoyé une lettre pour me féliciter quelques heures après les résultats, quand le président Macron a mis quatre jours pour « prendre acte » de mon élection. Nous n’oublierons jamais, non plus, que les Etats-Unis ont introduit la question algérienne à l’ONU. Ils accueillent aussi nos meilleurs chercheurs. C’est le seul pays qui a une ville du nom de notre héros national, l’émir Abdel Kader. Nos plus grands projets sous les présidents Boumediene, Chadli et Bouteflika ont été réalisés avec les Américains, dans les hydrocarbures et ailleurs », a-t-il dit. Seriez-vous prêt à normaliser vos relations avec Israël si la relance du processus de paix aboutit au final à la création d’un Etat palestinien ? A cette question, le chef de l’Etat a répondu : « Bien sûr, le jour même où il y aura un Etat palestinien. Ça va dans le sens de l’histoire. Mes prédécesseurs, les présidents Chadli et Bouteflika, que Dieu ait leurs âmes, avaient déjà expliqué qu’ils n’avaient aucun problème avec Israël. Notre seule préoccupation, c’est la création de l’Etat palestinien ». Tebboune a abordé également les relations du pays avec la Chine.
« Les Chinois s’intéressent à de nombreux secteurs d’activité : des technologies de pointe à l’électronique en passant par le numérique, les batteries au lithium puisqu’on dispose de cette matière première. Ils sont venus au début pour construire des logements au grand dam des groupes français comme Bouygues qui lorgnaient le marché de la Grande mosquée d’Alger. Les Chinois ont proposé les meilleures offres, les délais les plus courts. Nous sommes satisfaits de leurs prestations », a-t-il noté. Et sur le plan politique, nous avons une longue amitié. Tous les responsables chinois reconnaissent la bataille qu’a menée l’Algérie pour ramener la Chine populaire comme membre de l’ONU et de son conseil de sécurité. De son côté, Pékin a été le premier pays à soutenir la guerre de libération du FLN et à recevoir le gouvernement provisoire de la République algérienne. Et c’est encore eux, avec l’Indonésie, qui nous ont introduits à la conférence des non-alignés à Bandung, a-t-il ajouté….

La situation au Sahel déplorée
Concernant la situation au Sahel, il a déploré que les Etats du Sahel, comme beaucoup d’autres pays africains, n’ont pas réussi à construire des institutions solides et plus résilientes.
La junte malienne au pouvoir vous accuse, comme la France, de soutenir des groupes terroristes au nord de son territoire ?
« C’est aberrant. Nous avons permis la conclusion de l’Accord de paix d’Alger que le pouvoir malien a dénoncé l’année dernière en expliquant qu’il s’agissait d’une ingérence étrangère. Nous avions même un plan de développement pour le nord Mali que nous étions prêts à financer à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars. Nous avons une importante communauté touareg en partage et avons toujours été disponibles pour rassembler les signataires de cet accord, car il n’y a pas de solution uniquement sécuritaire. L’Algérie ne cherche pas à administrer le Mali que nous considérons comme un pays frère pour lequel notre main sera toujours tendue », a répondu le Président.
Il a ajouté que l’Algérie a du mal à accepter la présence de groupes paramilitaires comme Wagner à notre frontière. Nous l’avons d’ailleurs dit à nos amis russes.
Il a expliqué que l’imam Dicko est un sage. Lorsqu’il s’est installé en Algérie, il a naturellement rejoint le conseil de la Grande mosquée d’Alger qui prône un islam du juste milieu, a-t-il précisé.
Réitérant le soutien à la cause Sahraouie, le Président Tebboune a affirmé qu’en ce qui concerne la crise avec le Maroc, l’Algérie est dans la réaction.

Fateh H.


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