Crise avec l’Algérie : Stora pointe la responsabilité de Macron

Rarement les relations entre l’Algérie et la France ont-elles été aussi tendues depuis l’indépendance. C’est du moins l’analyse de l’historien français Benjamin Stora, qui pointe du doigt les responsabilités du président Emmanuel Macron dans cette grave crise diplomatique. Selon lui, la reconnaissance par le chef de l’État français de la « souveraineté » présumée du Maroc sur le Sahara occidental, ainsi que l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, ont jeté un lourd pavé dans la mare des relations bilatérales.Dans une interview accordée à la chaîne France 24, Stora n’a pas mâché ses mots, qualifiant la crise actuelle comme étant « la plus grave » depuis l’indépendance algérienne, et même « la plus sérieuse depuis la crise de 1971 ». Cette dernière référence renvoie à la période tumultueuse où le défunt président Houari Boumediene avait décidé de nationaliser les hydrocarbures, provoquant alors de vives tensions avec la France.Mais au-delà de ces comparaisons historiques, c’est bien l’ampleur et la complexité de la crise actuelle qui inquiètent l’expert. « Elle a atteint le stade de la crise diplomatique », souligne-t-il, évoquant les échanges tendus entre les deux pays, allant jusqu’au rappel de leurs ambassadeurs respectifs.Au cœur de cette tempête, Benjamin Stora pointe du doigt un « changement radical de la politique française vis-à-vis du Sahara occidental ». En reconnaissant la « pleine autorité » du Maroc sur ce territoire disputé, Emmanuel Macron aurait franchi une ligne rouge aux yeux de l’Algérie, soutien indéfectible de la cause sahraouie.Mais ce revirement stratégique ne serait pas le seul facteur en cause. L’arrivée de l’extrême droite au sein du gouvernement français aurait également contribué à envenimer les relations avec Alger, laissant planer le spectre d’une dérive identitaire et mémorielle.Dans cette équation complexe, Stora n’oublie pas non plus les enjeux intérieurs du pouvoir français. Face aux pressions de l’opinion publique et à la montée des courants nationalistes, Emmanuel Macron se trouverait contraint de prendre des positions plus fermes, notamment sur les questions sensibles de mémoire et d’identité. Loin d’être un simple différend ponctuel, cette crise profonde révèle les profondes fractures qui subsistent entre les deux pays, héritières d’un passé douloureux et d’enjeux géopolitiques complexes. Seule une diplomatie habile et une volonté mutuelle de dialogue permettront de dénouer ces nœuds gordiens et de reconstruire une relation apaisée, dans le respect des intérêts de chacun .

M.M.

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