Un livre peut-il soigner les maux de l’âme ? Peut-il, par la seule magie des mots, redonner espoir et dignité à un homme brisé par la maladie ? C’est le défi audacieux qu’a relevé Annaris Arezki en coordonnant l’ouvrage AVC : De l’Activité, Vivacité, Capacité à l’Accident Vasculaire Cérébral, un récit polyphonique dédié à Mourad Aït-Ahmed, fondateur emblématique de Miss Kabylie.
Mourad Aït-Ahmed, c’est d’abord une énergie débordante. Un homme qui, dès 1993, a osé organiser les premiers défilés de mode en Kabylie, bravant les tabous et les menaces. Pendant près de vingt ans, il a porté haut les couleurs de la culture kabyle à travers le concours Miss Kabylie, célébrant la beauté, l’élégance et le patrimoine vestimentaire de sa région. Un parcours jalonné d’obstacles, de résistances, mais aussi de succès retentissants.
Mais en janvier 2024, le destin a frappé. Un Accident Vasculaire Cérébral (AVC) a brutalement paralysé son côté droit, clouant au sol cet infatigable promoteur culturel. Confiné dans un appartement au 8ᵉ étage, dépendant et isolé, Mourad a vu son monde se rétrécir. C’est alors qu’est née une idée : transformer l’épreuve en héritage.
Un vœu, des plumes : La solidarité par l’écriture
«Il a souhaité que son histoire soit écrite, pour ne pas sombrer dans l’oubli», explique Annaris Arezki, ami et coordinateur du projet. Face à l’ampleur de la tâche et la matière biographique limitée, l’idée a mûri : pourquoi ne pas en faire une œuvre collective ?
Un appel a été lancé à des écrivains, des poètes, des intellectuels, des anonymes touchés par son histoire. La réponse a été immédiate et bouleversante. Plus de quarante auteurs, de différentes nationalités et horizons, ont offert leurs mots. Des textes poétiques, des témoignages, des fictions, des récits de résilience. Chacun, à sa manière, a saisi un fragment de la vie de Mourad, de ses combats, de ses doutes, mais aussi de son incroyable force vitale.
Un ouvrage à plusieurs voix, reflet d’une humanité vibrante
L’ouvrage, publié aux éditions Aframed, est bien plus qu’une simple biographie. Structuré comme un parcours, il débute par un prologue retraçant la vie trépidante de Mourad, son enfance, son engagement culturel, jusqu’au choc de la maladie. Vient ensuite le cœur de l’œuvre : les contributions.
On y découvre la prose sensible de Malika Bournane, qui imagine Mourad retrouvant la scène malgré son corps défaillant ; les vers élégants de Laila Younes célébrant les Miss Kabylie ; le témoignage poignant du médecin Zohra Aït Mahiddine, «Le Mendil de Yaya», qui raconte l’AVC de sa grand-mère ; ou encore le texte percutant de Jérôme Gandonou, «Une douleur stridente», qui donne voix à la lutte intérieure. Chaque auteur apporte sa pierre à l’édifice, dessinant le portrait kaléidoscopique d’un homme à la fois unique et universel. À travers lui, c’est la condition de tous les malades chroniques qui est interrogée, la fragilité de notre existence, mais aussi la puissance du lien humain.
Un symbole d’humanité et de résilience
«L’objectif de ce livre n’est pas d’en faire un best-seller littéraire, mais un symbole d’humanité, de solidarité, de générosité et de sensibilité envers son prochain», écrit Annaris Arezki en préambule. Pari réussi. AVC : De l’Activité, Vivacité, Capacité à l’Accident Vasculaire Cérébral est un remarquable exercice de littérature engagée. Il démontre que face à l’adversité, la création et le partage restent des armes absolues. En offrant à Mourad ce livre, les contributeurs ne lui ont pas seulement offert une mémoire ; ils lui ont tendu une main, lui rappelant qu’il n’est pas seul.
Pour Mourad, désormais installé au premier étage grâce à la générosité suscitée par ce même élan, ce livre est une renaissance. La preuve que même lorsque le corps est entravé, l’esprit, porté par la bienveillance collective, peut continuer à danser.
AVC : De l’Activité, Vivacité, Capacité à l’Accident Vasculaire Cérébral, ouvrage coordonné par Annaris Arezki, est disponible en librairie. Un message d’espoir et un hommage vibrant à la résilience humaine .
Razyka T.

