Une onde judiciaire secoue les géants du voyage en ligne. En France, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) a déposé une plainte avec constitution de partie civile contre Airbnb et Booking.com, les accusant de complicité et de recel aggravé de crimes de guerre pour leur rôle dans la promotion du «tourisme d’occupation» dans les territoires palestiniens occupés.
Selon la LDH, ces multinationales facilitent, par leurs services, la création et l’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie et à El-Qods-Est, en violation flagrante du droit international. En hébergeant des annonces de logements situés dans des colonies illégales, elles participeraient à un plan concerté de colonisation et de dépossession du peuple palestinien, tout en générant des profits considérables.
L’avocat Patrick Baudouin, qui porte la plainte au nom de la LDH, dénonce une stratégie commerciale cynique : «Ces plateformes, en valorisant des lieux d’intérêt touristique à proximité des colonies, comme la Mosquée d’Omar ou la Basilique de la Nativité, entretiennent un tourisme qui légitime l’annexion.»
Airbnb, par exemple, ne précise pas que les biens proposés sont en territoire palestinien, se contentant d’indiquer le nom de la colonie, comme Ariel ou Yakir. Booking.com, quant à lui, mentionne que les logements sont dans des colonies, mais les situe en «Palestine», brouillant ainsi les repères géopolitiques.
La rapporteure spéciale des Nations Unies, Francesca Albanese, a elle aussi dénoncé en juin dernier le rôle de ces plateformes dans la normalisation de l’occupation, qualifiant leur comportement de «légitimation commerciale de l’annexion». L’ONU avait déjà recensé, en septembre 2024, 158 entreprises impliquées dans le développement des colonies, dont plusieurs liées à l’industrie du tourisme.
Un article du Guardian, publié en février 2025, révélait que 402 annonces étaient actives dans les colonies illégales : 350 sur Airbnb et 52 sur Booking.com, représentant 760 chambres capables d’héberger plus de
2 000 personnes. Selon les calculs de la LDH, avec un taux d’occupation de 50%, un prix moyen de 150 euros par nuit et une commission de 15%, le chiffre d’affaires annuel généré dans les colonies par ces plateformes dépasserait les 3 millions d’euros. La plainte déposée à Paris s’inscrit dans une dynamique internationale de responsabilisation des acteurs économiques impliqués dans l’occupation. Elle interpelle sur le rôle des plateformes numériques dans les conflits contemporains, où la technologie et le tourisme peuvent devenir des vecteurs de domination territoriale .
M. M.
Tourisme d’occupation: Airbnb et Booking.com visés par une plainte pour complicité de crimes de guerre

