A Chypre, les Vingt-Sept ont bouclé un sommet informel placé sous le signe des solidarités régionales. Autour de la table : les dirigeants du Liban, de l’Égypte, de la Syrie et le prince héritier de Jordanie. Contexte immédiat : la guerre ouverte depuis le 28 février entre les États-Unis, l’entité israélienne et l’Iran, qui a déjà embrasé plusieurs fronts. Chypre n’est pas un observateur passif. L’île, située à quelques encablures des côtes libanaises, a vu la base britannique d’Akrotiri être visée par un drone début mars. Un signe que le conflit se rapproche dangereusement des frontières européennes. Sur le papier, l’Union européenne affiche une ambition claire : faire baisser la tension. À Nicosie, Emmanuel Macron a appelé à un retour rapide à la stabilité, tandis que le président chypriote Nikos Christodoulides a réclamé davantage d’engagement européen, y compris via un partenariat renforcé avec le Liban. Mais en coulisses, une tout autre réalité s’impose. L’entité israélienne, bien qu’invitée, brillait par son absence. Une absence qui résume à elle seule les limites de l’influence bruxelloise dans un conflit façonné par les décisions de Washington et les rapports de force militaires. L’Europe dialogue, alerte, encourage… mais ne pèse pas vraiment sur l’issue. Cette impuissance relative a pourtant eu un effet salutaire : celui de ramener les Européens à leurs propres intérêts stratégiques. Au-delà des déclarations de paix, les discussions ont porté sur des sujets existentiels. L’article 42-7 du traité de Lisbonne – la clause de défense mutuelle – a été réactivé dans les esprits. Pour la première fois, plusieurs États membres ont envisagé concrètement l’hypothèse d’une agression directe contre un pays de l’Union. Même tonalité sur le volet énergétique. Le blocage du détroit d’Ormuz, qui paralyse une part majeure des flux pétroliers mondiaux, a été longuement débattu. Car derrière les crises lointaines, c’est bien la sécurité des approvisionnements européens qui est menacée. Mais là encore, les divisions internes refont surface. À Nicosie, les appels à renforcer les moyens européens se sont heurtés aux réticences habituelles – Berlin et La Haye en tête, fidèles à leur doctrine de rigueur budgétaire, même en pleine guerre régionale. Le sommet de Nicosie ne marque donc pas un tournant décisif. Il agit plutôt comme un miroir : celui d’une Europe qui découvre son exposition directe du conflit qu’elle n’a ni voulu ni anticipé. Une Europe qui voudrait devenir une puissance géopolitique, mais qui réagit encore dans l’ombre des autres. Une Europe, enfin, qui parle de paix tout en commençant, discrètement, à préparer sa propre défense.
M. M.
Sommet de Nicosie: L’Europe face au miroir d’une guerre qu’elle ne contrôle pas

